L'idée d'un Québec indépendant et neutre a beaucoup de valeur et de mérite,
celà va sans dire.
Les Irlandais ont choisi la neutralité et ont réussi. Les Belges aussi ont
choisi la neutralité et ont échoué. Les Hollandais aussi ont choisi la
neutralité et ont échoué. Les Finlandais, nouvellement indépendants, pour la
première fois de leur histoire, depuis le traité de Tartu de 1921, ont aussi
choisi la neutralité face à la Russie et à l'Allemagne. Ils ont échoué.
Les Suisses ont choisi la neutralité afin de se distancier des guerres qui
ont opposé l'Italie, la France, l'Allemagne et l'Autriche. Ils ont réussi,
parce qu'ils ont su mettre en pratique les principes universels de la
stratégie d'État, développés par Antoine Henri Jomini, qui avait combattu
comme général d'état-major pendant les guerres napoléoniennes.
Les Suédois ont choisi la neutralité afin de prendre leurs distances avec
l'Allemagne, l'Angleterre, la France et la Russie au sujet du passage
naturel constitué par les détroits scandinaves: le Skaggerat et le
Kattegatt. Les Suédois ont réussi, parce que, à l'instar des Suisses, ils
ont su mettre en pratique une rigoureuse politique de défense et de
dissuasion, sans quoi leur neutralité n'aurait pas été reconnue.
Dans les conditions à venir,qui s'annoncent, la neutralité sera possible et
envisageable pour le Québec devenu souverain. En effet, il est possible dès
maintenant de constater que le régionalisme en Amérique du nord et en
Europe va créer un nouvel équilibre des forces et des jeux d'intérêts en
présence, et dont le Québec pourra tirer avantage. La neutralité de l'État
du Québec devient souhaitable et potentiellement réalisable dans les
conditions suivantes, sommairement estimées à partir
de l'expérience vécue par les autres États mentionnés,
dont la géographie et l'histoire ne sont pas tellement
éloignés de la nôtre:
1. Lorsque le territoire est placé en dehors des centres
de communications des grands États. Dans ce cas,
la neutralité peut s'imposer de soi sans qu'il devienne
nécessaire d'élaborer une politique de défense capable
de dissuader. C'est le cas de l'Irlande, qui est une
île isolée qui s'avance dans l'Atlantique nord et dont
la position géographique ne pose aucun problème
aux communications maritimes des grands États.
Certes, l'Irlande a été convoitée à cause de ses
richesses naturelles et de la beauté de son
territoire mais ce n'est pas la même chose.
2. Lorsque le territoire occupe une position-carrefour
entre plusieurs États qui doivent emprunter le territoire
"neutre" pour communiquer vers le monde extérieur.
C'est le cas de la Belgique et la Hollande. Or, ni
Belgique ni la Hollande sont des territoires
militairement défendables avec une économie de
moyens. Celà est d'autant plus important que dans
leurs cas, la neutralité est presqu'impossible sur le
plan diplomatique, à cause de cette position
géographique désavantageuse en partant.
Car la neutralité doit s'appuyer sur une
diplomatie crédible, doit aussi disposer des moyens
de la défense, afin de la renforcer. En fait, il lui faut
parfois de formidables défenses, aptes et capables
de dissuader le recours aux armes pour régler des
conflits d'intérêts et de rapports de forces. Ni la
Belgique ni la Hollande n'ont été en mesure de fournir
l'effort militaire nécessaire à la dissuasion et en
conséquence, leur neutralité n'a pas été reconnue.
3. Lorsque le territoire peut servir de tremplin, ou de
tête de pont par une puissance pour en envahir une
autre. C'est la cas de la Suisse, de la Suède et de la
Finlande. Dans ce cas, une puissante force de
dissuasion est nécessaire pour que la neutralité soit
reconnue, de droit(de jure) comme de fait(de facto).
Les Suisses et les Suédois l'ont compris. Pour
appuyer leur neutralité, les Suisses ont organisé sur
leur territoire un formidable système de défense, très
discret par ailleurs, mais potentiellement efficace en
cas de besoin. Ce système est toujours en vigueur
et tous les Suisses doivent y participer d'une manière
ou d'une autre, en suivant un programme
d'entraînement et de formation obligatoires, à temps
partiel, certes, mais continu, avec des rappels,
pendant la durée de la vie active. Chaque année, à
l'automne, les grandes manoeuvres, devenues une
tradition chez les Suisses, permettent de vérifier l'état
de la défense. Les Suédois font de même.
Nouvellement indépendants, les Finlandais ont refusé de penser en termes de
dissuasion et de défense pour appuyer leur neutralité. Résultat: lorque
l'Allemagne nazie et la Russie de Staline sont entrés en guerre, la
crédibilité finlandaise en matière de neutralité était nulle. Les Finlandais
ont cru, naïvement, qu'il suffit de se dire neutre et de dire qu'on ne veut
pas la guerre pour que la neutralité soit reconnue ipso facto et que le
spectre de la guerre s'éloigne en même temps. Mais les Finlandais ne se sont
jamais gouvernés eux-mêmes au cours de leur
histoire. Ils ont vécu plus de 600 ans sous gouverne suédoise et plus d'un
siècle sous gouverne russe. En conséquence, ils ne connaissaient pas les
principes de la stratégie d'État.
S'ils ont réussi à s'en tirer sans trop de mal de cette guerre, qui leur a
infligé de lourds dommages, c'est à cause de têtes de génie comme celle du
célèbre maréchal Karl Gustav Emil Mannerheim, héros national en Finlande.
Or, Mannerheim, s'est instruit chez les Russes. Pendant la domination russe
de la Finlande, Mannerheim a servi comme officier dans l'armée russe. Il a
combattu pendant la guerre Russo-japonaise de 1905, à la bataille de Liao
Yang,(que nous devions étudier en détails dans l'armée britannique où j'ai
servi).Il a combattu pendant la guerre 1914-18 comme commandant d'une
division russe sur le front de Bessarabie. Chassé par les Bolchéviques, il
est revenu en Finlande. Devenu un des artisans de l'indépendance
finlandaise, il a cherché désespérément,de convaincre le peuple finlandais
de la nécessité d'organiser une solide défense du territoire finlandais pour
appuyer la neutralité que souhaitaient les Finlandais. Ce fut peine perdue.
Lors de l'invasion de la Finlande par l'armée russe du maréchal Clément
Woroschilow fin novembre 1939, les Finlandais n'avaient presque pas d'armes
ni armées à leur opposer. Mannerheim, qui connaissait la logistique russe, à
fait attaquer et saisir les ravitaillements des russes en armes et
équipements et la résistance finlandaise s'organisa avec le butin saisi à
l'ennemi. Toujours avec ce même génie, l'homme de 75 ans a poursuivi la
guerre et à la bataille de Suomussalmi, entre le 20 et 25 décembre
1939, administra à l'armée russe une des pires défaites de son histoire.
La Finlande a perdu la Karélie, le port de Viipuri, devenu le port de
Viborg, les lacs Ladoga et Onega, le nickel de Petsamo dans le Grand Nord
finlandais. Les Russes y ont construit tout de suite un chemin de fer
reliant Petsamo(devenu Petchenga) à Murmansk, ce qui veut dire qu'ils ne
remettront jamais ces mines de nickel, matériau stratégique de premier
ordre.
Le refus de la part du peuple finlandais de comprendre que la neutralité est
peut-être une noble et belle ambition, mais qu'elle est d'abord et avant
tout une politique qui doit être crédible, a coûté cher à ce pays
nouvellement indépendant, pour la première fois dans toute son histoire.
Est-ce que le peuple Québécois va s'instruire de cette expérience?
ET LE QUÉBEC
Par sa géographie, le Québec est à la fois un passage
stratégique important vers l'intérieur de l'Amérique du nord et une tête de
pont, une porte d'entrée vers le haut Saint Laurent et les Grands lacs. Pour
réussir, la neutralité québécoise devra comporter les objectifs suivants:
1. Assurer l'intégrité du passage du Saint Laurent, avec le respect imposé
des lois internationales et des accords concernant le trafic maritime, la
protection de l'environnement, les limites imposées au tonnage, la nature
des cargaisons, les vitesses, l'inspection des navires, la vérification des
qualifications des équipages,
le contrôle du trafic, l'entrée de la Voie maritime, le maintien de la
navigation pendant les saisons hivernales, etc. La compétence, l'intégrité
et l'impartialité de l'autorité québécoise en cette matière ne devra jamais
être mise en doute.
2. Le contrôle du trafic aérien et l'interdiction de l'espace aérien
québécois en cas de nécessité. Ce contrôle devra être renforcé par les
moyens appropriés.
3. Le contrôle du trafic routier qui emprunte le territoire québécois pour
circuler d'est en ouest et inversement.
Il est recommandé d'adopter une politique analogue à celle de la Suisse à
cet égard et d'obliger tous les transporteurs routiers à prendre le chemin
de fer, dont la qualité et la célérité du service seront garanties par
l'administration québécoise. Il s'agit ici du transit.
4. Le contrôle des communications électroniques sur tout le territoire
québécois, en conformité avec les accords locaux et internationaux.
5. La prise en charge des moyens propres à dissuader d'avance le recours aux
armes pour régler les conflits
d'intérêts. Une politique de défense analogue à celle de la Suisse et la
Suède est recommandée.
6. Il faudra régler le problème du statut des eaux territoriales fluviales
et maritimes et ces questions ne se règlent pas par elles-mêmes, par le
laisser faire.
En conclusion sommaire, le succès d'une politique de neutralité pour le
Québec dépendra des conjectures qui vont se présenter et que les Québécois
devront apprécier à leur mérite afin d'en tirer tous les avantages
possibles.
De plus, une rigoureuse politique de défense et de dissuasion sera
nécessaire pour assurer la crédibilité de cette neutralité. Par rapport à la
Suisse, la Suède,la Finlande, la Belgique et la Hollande, le territoire du
Québec est naturellement doté de formidables défenses naturelles qu'il sera
possible d'exploiter afin de créer au Québec un sytème de défense
territoriale crédible et potentiellement capable de dissuader tout recours à
la force pour régler les différents.
La politique est affaire d'intérêts, de rapports de forces et
d'effectivité. À défaut de le comprendre, le Québec risque gros sur le plan
politique et diplomatique. Il ne faut pas faire comme les Finlandais, qui
ont appris par leur propre expérience, alors qu'ils auraient pu s'instruire
de l'expérience des autres, puisque leur indépendance n'est survenue qu'aux
débuts du Vingtième siècle.
Voilà donc quelques considérations sommaires à ce sujet.
René Marcel Sauvé
Original Message -----
From: "Jean-Marc Rioux" <jmrioux@...>
To: <Pour-Le-Pays-Du-Quebec@...>
Cc: <webmaster@...>
Sent: Sunday, June 08, 2003 1:34 AM
Subject: [Pour-le-Pays-du-Quebec] Irlande Pays Neutre Bel exemple pour le
Quebec
À LIRE:
---------
Sujet:
Re: Québec Indépendant: PAYS NEUTRE [11:1075:1138]
Date:
Dim, 8 Juin 2003 00:25:41 -0400
De:
Jean-Marc Rioux <jmrioux@...>
Copies à:
jmrioux@...,isasp@...,miq_org@...
Message envoyé par: 2. Le café des souverainistes.
<http://www.souverainete.info/forum/read.php?f=11&i=1138&t=1075>
----------------------------------------------------------------
IRLANDE PAYS NEUTRE ! BEL EXEMPLE POUR LE QUEBEC !
--------------------------------------------------------------------
L'«hystérie militariste» du Canada anglais
- Montréal doit éviter le sort de Belfast
Robert Dole
Originaire de Washington, diplômé de Harvard, l'auteur a enseigné aux
universités de Metz, Bonn et Lodz. Auteur d'un essai sur Le Cauchemar
américain, il enseigne présentement à l'Université du Québec à Chicoutimi.
LeDevoir 17 janvier 1998
--------------------------------------------------------------------
En tant qu'Américain francophile pacifiste, j'aimerais répondre à l'article
de mon cher ami Guy Bouthillier paru dans Le Devoir du 13 décembre et
portant le titre «Nés un 1er juillet». M. Bouthillier y fait référence à
l'hystérie militariste de certains Canadiens anglais qui ne prévoient rien
de moins qu'une guerre civile si le Québec devient un pays indépendant. Je
crois que l'histoire de l'Irlande a beaucoup de points en commun avec celle
du Québec et j'aimerais que les Québécois puissent tirer les leçons qui
s'imposent lorsqu'on regarde l'évolution du nationalisme irlandais.
Je connais bien l'Irlande puisqu'elle est le premier pays où j'ai habité
lorsque j'ai quitté les Etats-Unis pour toujours en 1968. J'ai découvert
dans le village médiéval de ma grand-mère, dans le sud-ouest de County Cork,
une manière de vivre qui me plaisait beaucoup plus que tout ce que j'avais
vu dans mon pays d'origine. Je suis devenu citoyen d'Irlande en 1974. Si
quelqu'un me demandait dans quel pays je suis le plus chez moi, je dirais
probablement que c'est le traversier qui navigue entre Le Havre et Rosslare.
J'ai fait référence à la disparition de la langue irlandaise lors de mon
intervention à la commission Bélanger-Campeau en 1990. J'ai fait la
constatation que toutes les langues minoritaires du monde qui disparaissent
sont celles de peuples qui n'ont pas la souveraineté politique. J'ai fait
une analogie entre Montréal et Dublin en disant que la langue irlandaise
était condamnée à mourir parce que la capitale du pays était toujours une
ville de langue anglaise. S'il devient impossible de vivre en français à
Montréal, la langue française disparaîtra dans deux générations dans le
reste du Québec.
J'ai fait encore référence à l'Irlande lors de mon intervention devant la
Commission sur l'avenir du Québec en 1995. J'ai recommandé que le Québec
indépendant suive l'exemple de l'Irlande et qu'il devienne officiellement un
pays neutre et pacifique. Le Québec pourrait faire comme l'Irlande et écrire
dans sa constitution qu'il ne fera jamais partie d'aucune alliance
militaire. En ce sens, il ferait comme la grande majorité des pays du monde.
De toute manière, dans l'ère nucléaire, toute guerre mondiale devient
impensable. Nous savons tous que la race humaine est stupide mais nous
espérons qu'elle ne soit pas assez stupide pour s'éliminer définitivement...
-----------------
JMR
Pour vous retirer de ce groupe, envoyez un courrier électronique à :
Pour-le-Pays-du-Quebec-unsubscribe@...
=======
Voyez notre site principal sur l'une ou l'autre de ces pages sur le web :
=======
http://iquebec.ifrance.com/QUEBECUNPAYS/A-LA-UNE.html
=======
http://membres.lycos.fr/quebecunpays/
=======
Pour lire les messages présents sur le forum :
=======
http://cf.groups.yahoo.com/group/Pour-le-Pays-du-Quebec/
========
La Wallonie et son avenir sur le forum TOUDI
========
http://forum.toudi.org/forum/index.php
L'utilisation du service Yahoo! Groupes est sujette à l'acceptation
des Conditions d'utilisation disponible à cette adresse URL
http://cf.docs.yahoo.com/info/utos.html