Fête nationale - Pour voler de ses propres ailes...
Gérald Larose
Président
Hélène Alarie, Isabelle Beaulieu, Gilles Grondin, Marie Malavoy, Hélène Pedneault, Paul Piché, Myrlande Pierre, Marie-Claude Sarrazin
Membres du conseil d'administration du Conseil de la souveraineté du Québec
Édition du lundi 23 juin 2003
«Réveille-toi! Ce pays, c'est toi, qu'est-ce que tu attends pour t'en apercevoir? C'est toi, c'est moi, ta famille... la mienne! Aussi les milliers d'Indiens qu'on a parqués dans des réserves. Je parle de l'air que tu respires, de la terre qui te porte... des chansons que tu chantes, de la langue que tu parles, d'une certaine façon d'être qui ne se retrouve nulle part ailleurs dans le monde... Je te parle de ce qui est la réalité, je te parle de toi!» -- Françoise Loranger
Pour parler de pays, quoi de mieux que la Fête nationale des Québécoises et des Québécois, le 24 juin, la journée la plus longue de l'année ? Dans ce pays de neige, c'est un symbole porteur d'espoir que d'avoir choisi le solstice d'été comme fête nationale. On dirait que ce jour-là, la lumière de l'été nous fait mieux voir le tracé de nos rêves, les contours précis de ce territoire impressionnant qui disparaît sous la neige six mois par année, en trouvant le moyen de rester chaleureux et accueillant.
Depuis 50 ans, le Québec a changé. Grâce au terreau généreux et imaginatif des gens qui l'ont construit, bien plus riche encore que sa terre, il est devenu meilleur, plus grand. Le Québec a changé parce qu'il a su se créer une identité propre à partir de ses racines françaises, en faisant place à toutes les influences qu'il a accepté de recevoir en lui, à partir de l'influence immense et continue des Amérindiens. Ces multiples empreintes sont devenues la société québécoise d'aujourd'hui. En étant ouvert aux autres, le Québec s'est ouvert à lui-même et a pris de l'envergure. Il en est de même du 24 juin. [..] Les images de mouton et de petit Saint-Jean-Baptiste aux cheveux blonds frisés nous font sourire aujourd'hui. Ces images ont laissé place à une pluralité d'images et ont basculé dans le folklore en même temps que changeait la perception des Québécois sur eux-mêmes, sur les autres et sur leur place dans le monde. Tous les pays libres ont leur fête nationale, du plus petit au plus grand, et portent une parole digne et fière, du Timor oriental, le pays le plus récent de la Terre, jusqu'aux pays qui ont des millénaires à se remémorer, comme l'Égypte, la France et l'Italie. Les Québécoises et les Québécois veulent aussi faire entendre leur voix, leurs idées, leur fierté d'être, leur compassion et leur dignité. [...]
Le 24 juin est aujourd'hui la fête d'une nation qui a une culture originale, une langue riche et ludique, un territoire immense et magnifique et une histoire en constante évolution. Pour continuer d'avancer et de nous épanouir, nous devrons et nous voudrons majoritairement créer notre pays. Tôt ou tard, nous nous emparerons de tous nos pouvoirs et de toutes nos ressources pour participer, debout, libres et actifs, à la marche du monde. C'est une question de temps. [...]
C'est la Fête nationale du Québec et nous sommes en deuil de Pierre Bourgault. Il faut transformer notre peine en lumière et nous brancher au désir inébranlable de cet homme libre de faire du Québec un pays libre, une terre juste et toujours plus accueillante. Bourgault disait que l'indépendance n'est pas une récompense, mais un effort. Les gens meurent, jamais les rêves. Le rêve d'un peuple, c'est du même ordre qu'un héritage. [...] Ce rêve de pays est maintenant inscrit de façon indélébile chez beaucoup de Québécoises et de Québécois, quelle que soit leur origine.
L'oiseau libre Bourgault s'est peut-être envolé hors de notre vue, mais nous n'avons pas fini d'entendre le battement puissant de ses ailes. Il est temps pour le Québec de «voler de ses propres ailes», comme il le disait à Bernard Landry, quelques jours avant son départ. Notre fête nationale est une belle occasion de se rappeler que, bien que le rôle des partis politiques soit important dans le cadre de sa réalisation, c'est le peuple québécois qui fera l'indépendance du Québec, un projet moderne et démocratique, bien plus grand que l'ensemble de toutes les composantes de notre société.
Sans prendre la place d'aucun groupe, sans être non plus une fédération, le Conseil de la souveraineté du Québec veut servir «d'accumulateur d'énergies», de carrefour de toutes les sensibilités du mouvement souverainiste. Créé en janvier, il se construit patiemment et solidement. Il se déploiera à partir de l'automne en interpellant toutes les volontés et les énergies disponibles pour qu'un jour très prochain, la Fête nationale des Québécoises et des Québécois devienne la Fête de l'Indépendance du Québec. Alors seulement, nous pourrons nous dire égaux, en responsabilités et en droits, dans la conduite de nos affaires et de celles du monde. Alors seulement, nous pourrons nous célébrer pleinement comme nation mature et épanouie.