Commémoration de la Victoire de Sainte-Foy : un cours d'histoire sans pareil comme on n'en voit pas beaucoup au Québec.
Les historiens qui ont participé à cette commémoration nous ont présenté le vrai sens de notre réalité québécoise et de ses fondements.
Cet exposé, à lui seul, devrait parcourir toutes les scènes de nos écoles primaires et secondaires du Québec. C'est un exposé fondamental de la réalité québécoise. Nos professeurs d'histoire devraient s'inspirer de la présentation de monsieur Laberge.
Merci à Monsieur Henri Laberge de nous avoir livré cette intervention.
Je présente quelques extraits que je mets en vedette :
Jacques Cartier :
le découvreur du Québec au même titre que Christophe Colomb a découvert l'Amérique.
Jacques Cartier nous appartient, il est le découvreur du Québec et nous devons en être fiers.
Samuel de Champlain :
il est l’ancêtre civique de tous ceux et celles qui ont choisi d’habiter ce pays québécois dont il est le Père fondateur.
Il est venu fonder un pays français dont les Québécoises et Québécois de toutes origines sont les héritiers de plein droit, quel que soit l’arbre généalogique auquel ils appartiennent.
La Victoire de la Bataille de Sainte-Foy :
... c’est le peuple québécois lui-même. Il avait, lui, à défendre l’héritage d’un siècle et demi de travail acharné, de courage et d’avoir investi dans la construction de ce pays français qui est encore le nôtre.
C’est l’intégrité de leur projet collectif que les Québécois de l’époque défendaient avec opiniâtreté beaucoup plus que le rattachement à l’empire français.
La Nouvelle-France et tout son héritage étaient abolis.
Les habitants du pays conquis devenaient les nouveaux sujets de Sa Majesté britannique et ils auraient un statut d’infériorité par rapport aux anciens sujets débarqués dans les fourgons de l’armée conquérante.
Loi sur le Québec : (la Quebec Act de 1774)
(...) première victoire politique après la conquête britannique = la première reconnaissance par les autorités de l’empire britannique de ce que le Québec constitue une société vraiment distincte des autres colonies britannique.
La Quebec Act de 1774 ce n’est pas un acte juridique quelconque, c’est bel et bien une loi du Parlement britannique au même titre que le Canada Act de 1982 que l’on traduit fort bien par Loi sur le Canada. Ayons l’audace d’appeler les choses par leur nom et traduisons «Quebec Act» par «Loi sur le Québec».
La Coutume de Paris, qui sera à l’origine de notre Code civil québécois, n’est pas rétablie uniquement pour les francophones ou pour les anciens habitants de la Nouvelle-France ; elle est rétablie comme loi fondamentale du pays québécois, donc pour tous les habitants du Québec, quelle que soit leur origine. En ce sens la Loi sur le Québec reconnaît effectivement le Québec tout entier, avec toute sa population, comme une société distincte.
Il nous reste à la diffuser sur l'ensemble de notre territoire.
Robert Bertrand
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Discours d’Henri Laberge pour la Commémoration 2007 de la Victoire de Sainte-Foy en 1760 (Parc de la Visitation)
29 avril 2007
La célébration annuelle de la Victoire de Sainte-Foy en 1760 manifeste notre volonté de nous réapproprier notre histoire nationale, l’histoire nationale du Québec, l’histoire nationale du peuple québécois.
Je vous invite aujourd’hui à aller plus loin dans cette réappropriation, de prendre l’habitude de toujours parler des événements de notre histoire avec des mots et des expressions qui indiquent clairement qu’il s’agit bien d’événements de notre histoire nationale et non pas d’événements de l’histoire du peuple voisin dont nous aimerions nous émanciper.
Je vous invite à rompre définitivement avec cette détestable manie qui consiste à tout rattacher d’abord à l’histoire du Canada pour exposer nos récriminations historiques et pour justifier essentiellement par cette histoire du Canada notre désir d’autonomie politique et culturelle.
Ayons l’audace de dire et de répéter que le Québec avait déjà une histoire de pays français de plus de deux siècles et demi lorsque fut créée la fédération canadienne.
Ayons l’audace de désigner comme québécois les événements petits et grands survenus sur notre territoire national depuis les voyages d’exploration de Jacques Cartier jusqu’à aujourd’hui.
Ayons l’audace de dire, par exemple, que Jacques Cartier n’a pas découvert le Canada mais qu’il fut bel et bien le découvreur du Québec. Reconnaissons, bien sût, que les ancêtres des Amérindiens avaient devancé de plusieurs millénaires les Vikings, les Portugais, les Espagnols, les Français et les Anglais en terre d’Amérique. Ils avaient depuis longtemps exploré et reconnu les cours d’eau, les mers intérieures, les chaînes de montagnes et tous les accidents géographiques de cet immense territoire. Ils y avaient établi des civilisations très différentes de celles qui florissaient en Europe. C’est avec cette réserve fondamentale que nous parlons des découvreurs européens du 16e siècle.
Jacques Cartier est découvreur du Québec au même sens où Christophe Colomb a découvert l’Amérique et où Giovani Caboto a découvert la partie orientale du Canada.
Lorsque commencent les voyages d’exploration de Jacques Cartier, le Golfe Saint-Laurent était connu et fréquenté par les pêcheurs européens depuis plusieurs décennies; il en était ainsi de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Écosse où les Portugais avaient tenté des établissements permanents. Outre Saint-Pierre et Miquelon et les Iles-de-la Madeleine, les découvertes de Cartier vont de la Gaspésie, de la Côte nord et de l’Ile d’Anticosti jusqu’à Montréal, en passant par l’embouchure du Saguenay, l’Ile d’Orléans, Québec, Cap-Rouge et Trois-Rivières. Ce qu’il a découvert, c’est vraiment et incontestablement le Québec.
Laissons aux historiens du Canada anglais le soin d’attribuer à qui ils le veulent le titre de découvreur de leur pays. Jacques Cartier nous appartient, il est le découvreur du Québec et nous devons en être fiers.
Mais, m’objectera-t-on, le Québec que Jacques Cartier a découvert ne s’appelait pas Québec à cette époque. Et alors ! Le Nouveau-Monde découvert par Christophe Colomb ne s’appelait pas Amérique à ce moment et cela ne nous empêche pas de reconnaître Christophe Colomb comme découvreur de l’Amérique.
Ayons l’audace de dire que Champlain a fait bien plus qu’inaugurer l’imnmigration française au Canada ou en Amérique, il a commencé la fondation d’un pays français, le pays québécois, le pays du peuple québécois d’aujourd’hui. Champlain n’a pas de descendants biologiques connus. Mais il est l’ancêtre civique de tous ceux et celles qui ont choisi d’habiter ce pays québécois dont il est le Père fondateur. Samuel de Champlain n’est pas venu établir une communauté ethnique minoritaire dans un pays anglais. Il est venu fonder un pays français dont les Québécoises et Québécois de toutes origines sont les héritiers de plein droit, quel que soit l’arbre généalogique auquel ils appartiennent.
Ayons l’audace de dire que la Victoire de Sainte-Foy du printemps 1760 ne se réduit pas à un fait d’armes dans une guerre entre deux empires coloniaux. Ce fut d’abord et avant tout une dernière victoire de la résistance québécoise à l’envahissememt de notre territoire national par une puissance qui allait chercher à transformer notre pays français en une colonie britannique comme les autres.
Il ne s’agit pas ici de blâmer induement la France qui, dans les circonstances et compte tenu de ses propres intérêts nationaux a sans doute fait tout ce qu’elle a pu. Le Chevalier de Lévis et les soldats français qui se sont illustrés à Sainte-Foy méritent notre plus grand respect et toute notre admiration. Mais il n’y a rien de méchant à dire que ce n’est pas la France qui a investi le plus dans la défense de notre territoire national durant la Guerre de Sept-Ans ; c’est le peuple québécois lui-même. Il avait, lui, à défendre l’héritage d’un siècle et demi de travail acharné, de courage et d’avoir investi dans la construction de ce pays français qui est encore le nôtre.
Le nouveau pays français que les Québécois du 18e siècle avaient à défendre, il était français, sans doute, en ce qu’il était, à l’origine une extension du Royaume de France. Pour les habitants du pays, c’était beaucoup plus que ça. Il est certain que, tôt ou tard, le peuple québécois allait s’affranchir de la tutelle de la mère-patrie pour voler de ses propres ailes. C’est l’intégrité de leur projet collectif que les Québécois de l’époque défendaient avec opiniâtreté beaucoup plus que le rattachement à l’empire français.
Tôt ou tard, viendrait le moment où le Québec allait ouvrir ses frontières à une immigration diversifiée. La question était de savoir si ces immigrants venus des quatre coins du monde, on allait les recevoir et les accueillir en français et dans nos institutions nationales où si on aurait modifié les institutions.
Les soldats français venus combattre chez-nous à cette époque venaient d’abord servir les intérêts du Royaume de France. Les Québécois, eux, défendaient leur territoire national, leur héritage juridique, linguistique et culturel. Ce sont eux et eux seuls qui auraient à subir, avec l’humiliation de la défaite, la déstructuration juridique, politique et linguistique de leur pays.
C’était bien, en effet, une conséquence logique de la conquête ce qui arriva au lendemain du Traité de Paris. La Proclamation royale de 1763 faisait bel et bien de la «Province of Quebec» une colonie britannique fonctionnant en anglais, avec des institutions juridiques anglaises et avec l’anglicanisme comme religion officielle.
Une colonie britannique comme les autres, où l’on allait faire perdre jusqu’au souvenir d’avoir été précédemment un pays français. De par la seule volonté du Roi, la Coutume de Paris qui avait été la loi fondamentale en matière de droit civil était remplacée illico par la loi d’Angleterre. Toute personne qui acceptait d’occuper quelque fonction officielle devait prêter le Serment du Test. Ce qui interdisait l’accès à ces fonctions aux sujets catholiques.
La Nouvelle-France et tout son héritage étaient abolis.
Les habitants du pays conquis devenaient les nouveaux sujets de Sa Majesté britannique et ils auraient un statut d’infériorité par rapport aux anciens sujets débarqués dans le fourgons de l’armée conquérante.
J’ai dit que la Victoire de Sainte-Foy était la dernière victoire de la résistance québécoise sous encadrement français avant la cession de notre territoire à l‘Angleterre.
Les victoires québécoises subséquentes seront obtenue à l’arraché par des moyens autres que militaires et ce ne furent toujours que des victoires partielles qui demandent à être complétées et couronnées par la réalisation de l’indépendance nationale.
C’est ainsi, première victoire politique après la conquête britannique, que la Quebec Act de 1774 fut la première reconnaissance par les autorités de l’empire britannique de ce que le Québec constitue une société vraiment distincte des autres colonies britannique.
(J’ouvre une parenthèse pour dire que Quebec Act devrait se traduire par Loi sur le Québec et non par l’expression Acte de Québec, expression boiteuse et trompeuse que nos historiens utilisent toujours par facilité et par paresse. La Quebec Act de 1774 ce n’est pas un acte juridique quelconque, c’est bel et bien une loi du Parlement britannique au même titre que le Canada Act de 1982 que l’on traduit fort bien par Loi sur le Canada. Ayons l’audace d’appeler les choses par leur nom et traduisons «Quebec Act» par «Loi sur le Québec».)
Cette Loi sur le Québec de 1774 rétablissait la Coutume de Paris comme loi fondamentale en matière de droit civil et permettait aux catholiques d’accéder à la fonction publique. Elle établissait aussi un Conseil législatif où certains nouveaux sujets (anciens habitants) seraient appelés à siéger mais où la majorité des conseillers seraient des anciens sujets (nouveaux arrivés dans le pays).
On remarquera que le rétablissement de la Coutume de Paris est bien plus qu’un privilège accordés aux nouveaux sujets francophones de la Majesté britannique comme le présentent certains historiens. La Coutume de Paris, qui sera à l’origine de notre Code civil québécois, n’est pas rétablie uniquement pour les francophones ou pour les anciens habitants de la Nouvelle-France ; elle est rétablie comme loi fondamentale du pays québécois, donc pour tous les habitants du Québec, quelle que soit leur origine. En ce sens la Loi sur le Québec reconnaît effectivement le Québec tout entier, avec toute sa population, comme une société distincte.
On est très très loin cependant de l’établissement d’un régime démocratique ou d’un régime d’égalité des citoyens. Il n’y a d’ailleurs pas de citoyens à l’époque, il n’y a que des sujets du Roi d’Angleterre.
Il faudra donc du temps, de la patience et de la détermination pour conquérir petit à petit des droits nouveaux et des reconnaissances nouvelles, ponctués de fréquents retours en arrière. Rappelons-nous que Robert Bourassa a échoué ; dans les années 1990 à faire inscrire dans la Constitution canadienne la reconnaissance du Québec comme société distincte.
Rappelons-nous que le coup de force constitutionnel de 1982 a été concocté essentiellement pour instituer de nouvelles embûches à l’application de la Charte de la langue française.
Le rétablissement de notre intégrité nationale qu’appelait la Victoire de Sainte-Foy après la Capitulation de 1759 est donc très loin d’être achevée. L’appel historique du général De Gaulle, lancé il y a 40 ans cette année, est donc plus actuel que jamais. Vive le Québec libre !
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