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Bonjour à tous et à toutes.
Comme je crois très important de bien connaître et comprendre le contexte mondial dans lequel nous menons notre lutte pour l'indépendance, je cherche constamment à m'en instruire et à  intéresser à cette connaissance le plus grand nombre possible de militants indépendantistes.
je vous envoie donc cette analyse magistrale de l'état réel du monde actuel, avec l'espoir que malgré sa longueur, vous le lirez, ici même ou, dans une meilleure mise en page, sur Vigile où je viens de l'envoyer également.
En toute solidarité,
Andrée Ferretti
 
 
Mondialisation du capital et militarisme : les  interelations
Par Claude Serfati. Chercheur, spécialiste de l'économie d'armement.
paru dans le bulletin D'ATTAC, avril 2003.

L'objet de ce texte est de préciser mon point de vue sur quelques
relations qui existent entre la mondialisation du capital et le
développement du militarisme et de mettre ainsi en perspective la
nouvelle étape - la "guerre sans limites" - qui s'est ouverte en ce
début de siècle. Après avoir atteint des niveaux stratosphériques au
cours des années quatre-vingts (plus de 50% de hausse) , les dépenses
militaires mondiales ont massivement baissé de la fin de la décennie
80 à la fin des années 90.  Ensuite, un cycle de hausse de dépenses
militaires s'est de nouveau mis en route : entre 1998 et 2001, les
dépenses militaires mondiales ont augmenté de 7% en dollars constants
(source : SIPRI) . Ces données ne prennent pas en compte l'évolution
des budgets militaires depuis le 11 septembre 2001[1]. Le début du
siècle ouvre une ère d'accroissement considérable et assez général
d'augmentation des dépenses militaires. En France, dans l'indifférence

presque générale, les parlementaires ont voté à l'automne 2002 une loi
de programmation militaire (2003-2008) qui prévoit une augmentation
des dépenses d'équipement  (d'un montant moyen de 14,84 milliards
d'euros 2003 par an entre 2003 et 2008 contre 12,27 en 2001, soit une
augmentation de 20+  %) .

L'hypothèse qui est proposée dans cette note est que l'humanité est
aujourd'hui confrontée aux plus graves dangers, au sens où des
fractions entières de la population mondiale sont confrontées à la
question de leur simple survie et de leur reproduction. Ce ne sont
plus les populations vivant "aux marges" qui sont concernées, mais des
pays considérés dans les décennies passées comme des économies
émergentes, ainsi que l'atteste le sort des populations d'Argentine au
terme d'une décennie de politique néolibérale. ATTAC prend au sérieux
et combat avec obstination les conséquences pour les populations du
sud de la généralisation des droits de propriété, qui incluent
désormais ceux portant sur les processus du vivant. Il est de la plus
haute importance de considérer dans ce contexte général la machine
infernale, technologiquement perfectionnée et politiquement brutale,
que l'Administration Bush a mise en place.

La décision de guerre contre l'Irak ne peut être seulement imputée à
un "clan" irresponsable et intégriste religieux. Certes, l'équipe
présidentielle a été épurée de ses éléments les plus "modérés" qui
appartenaient à l'équipe de Bush père. Certes les attentats du 11
septembre 2001 ont donné des marges de manouvre inespérées à G.W. Bush
pour mener à bien son programme. Il reste que le programme de "guerre
sans limites" doit être compris comme le produit complexe de
différentes facteurs. J'en recense trois qui me paraissent essentiels
et complémentaires :

- une hégémonie sans doute sans égale dans l'histoire des derniers
siècles[2]. La politique de Bush a provoqué un changement d'échelle
dans des processus de militarisation et d'interventions militaires qui
étaient déjà en cours dans la décennie quatre-vingt dix ;

- l'existence d'un système militaro-industriel qui s'est durablement
enraciné dans les décennies d'après-guerre et a connu au cours de la
décennie quatre-vingt-dix une régénération substantielle, en
particulier grâce à son alliance plus resserrée avec les organisations
du capital financier (les "marchés financiers")  ;

- les contradictions d'un régime d'accumulation fondé sur des
politiques néolibérales et l'extension de la mise en ouvre de
"marchés" . Derrière ce terme transformé en concept mais en réalité
amorphe, il faut précisément entendre aujourd'hui l'imposition de
droits de propriété du capital rentier qui ont provoqué la dévastation
de nombreux territoires et fini par entraîner l'économie américaine
dans la crise bien avant les attentats du 11 septembre 2001 (l'entrée
en récession selon les indicateurs officiels date du 3° trimestre 2000
et certains "fondamentaux" suggèrent que le retournement se situerait
en fait vers 1997) .

Compte tenu de l'objet de cette note, il n'est pas nécessaire de
détailler le contenu de ces trois points[3]. Prenons les brièvement
dans cet ordre ces trois catégories de facteurs pour en montrer
quelques enjeux pour la réflexion du d'ATTAC. Concernant les
dimensions géopolitiques, il est relativement aisé, singulièrement en
France, de faire partager cette idée d'hégémonie des Etats-Unis. La
qualification d'"empire" - qui dans un autre cadre analytique,
pourrait être assez proche d'un super- (ou mono- ?) impérialisme -
est-elle la plus appropriée ? La discussion pourrait sembler un peu
superflue, elle peut toutefois sous certaines conditions porter des
conséquences quant aux orientations d'ATTAC. Quelle est, par exemple,
la place des autres grands pays, et particulièrement de la France dans
la configuration géopolitique actuelle ? Où situer l'action des ONG,
d'ATTAC contre la militarisation et les guerres qui déchirent
l'Afrique et exterminent leur population ? Quelle est la relation
entre ces drames et la "Franceafrique" qui constitue un trait
permanent de la diplomatie, de l'économie et de la politique de la
France?

Le rôle des système militaro-industriels dans la militarisation de la
planète au cours des décennies passées est très important. Pour des
raisons évidentes, le système militaro-industriel américain occupe une
place déterminante. Il détient une puissance qui a peu à voir avec
celle qui a pu être véhiculée dans le passé par l'image des "marchands
de canons". Les mécanismes économiques et politiques propres aux
décennies d'après-guerre l'ont durablement enraciné dans l'économie et
la société des Etats-Unis. Au cours de cette période, le système
militaro-industriel américain a fortement influencé certaines
trajectoires technologiques qui ont donné naissance à des industries
civiles majeures (aéronautique, espace, électronique au sens large) .
Sa régénération au cours des années quatre-vingt dix a fortement
contribué au processus de militarisation dont on voit aujourd'hui un
résultat dramatique (nullement son terme) .Le rôle central joué par
les  technologies de l'information et de la communication (TIC)  dans
la suprématie militaire et sécuritaire[4], dans le contexte de
l'éclatement de la "bulle internet", facilite l'émergence d'un
"complexe militaro-sécuritaire" dans l'économie et la société
américaine, et pourraient lui donner une position encore plus centrale
que occupée par le "complexe militaro-industriel" pendant les
décennies de "guerre froide".

L'économie politique de la mondialisation et les désastres auxquels,
dans la décennie quatre-vingt-dix, elle a tour à tour ou simultanément
conduit la plupart des régions de la planète fait l'objet d'un large
accord au sein d'ATTAC. En même temps, on sous-estime trop souvent en
France l'ampleur des contradictions et difficultés qui assaillent
aujourd'hui l'économie américaine. La récession ne montre aucun signe
de terminaison, les déficits commerciaux[5] et budgétaires ont
augmenté dans des proportions considérables en  2002, sans parler de
la crise de confiance dans le système financier et de retraite par
capitalisation. Dans ces conditions, le nouveau plan d'augmentation
des dépenses militaires et de réduction massive des impôts (décembre
2002) pour la minorité la plus riche et rentière a conduit Business
Week à titrer son dossier : "Guerre de classes ?"  (20 janvier 2003) .
Aucune sympathie pour "ceux d'en bas", mais la sentiment inquiet, pour
ne pas dire la certitude, que ce programme, qui est en fait un
programme de tentative de relance des "marchés financiers" (et
d'offensive contre les classes et groupes exploités) et bien sûr de
"guerre sans limite" risque de conduire à la catastrophe[6].

L'interaction ainsi que la hiérarchisation de ces trois facteurs qui
viennent d'être mentionnés sont elles-mêmes un objet de débat. Comment
des forces compulsives qui nourrissent le militarisme et les
guerres[7] se fraient une voie et finissent par s'imposer dans
certaines configurations historiques et institutionnelles doit être
analysé avec soin. Certes, nous savons que l'association du
libre-échange et de la paix, antienne de la théorie économique
dominante, est démentie par l'histoire des deux derniers siècles, et
que la mondialisation (du capital) loin d'être "heureuse" et
"pacifique" -  requiert un bras armé.

Cependant, une nouvelle étape s'est ouverte à la fin du siècle
précédent, avec une interaction plus étroite entre la mondialisation
du capital et la guerre et le militarisme. L'impasse à laquelle
conduit la domination du capital rentier et qui est désormais
perceptible même aux Etats-Unis renforce la recherche de solutions
dans lesquelles la préservation des intérêts des élites politiques et
des classes dominantes est assurée directement par la force. Cette
stratégie n'est pas "soutenable", non seulement de la part de ceux qui
en sont les victimes, mais également du point de vue de ceux qui
cherchent une alternative du côté du fonctionnement pacifique
("civilisé"?)  du capitalisme. La posture de l'Administration Bush
suscite en retour la recherche d'une autre forme de "gouvernance
globale" que celle qui, depuis plus de dix ans, a associé le
néolibéralisme, la domination sans fard de la finance, et la
militarisation accrue. Cette recherche va être exacerbée par
l'attitude des dirigeants des Etats-Unis vis-à-vis de l'ONU dans la
guerre contre l'Irak, qui élève à un degré supplémentaire le
comportement agressif qu'ils adoptent depuis plusieurs années face à
de nombreux traités internationaux.

La discussion et l'élaboration sont d'autant plus nécessaires
aujourd'hui que la guerre en Irak mobilise à juste titre l'attention
et suscite à juste titre la recherche d'explications, elle ne doit
toutefois pas "surdéterminer" l'analyse des relations qui se sont
construites depuis deux décennies entre la mondialisation dominée par
le capital rentier et le militarisme. Un travail de fond de la part
d'ATTAC est nécessaire qui va totalement de pair avec une prise de
position et un engagement contre la guerre en Irak[8].

Je soulignerai ici seulement quelques points sur lequel un  travail de
réflexion me paraît utile.

- Les questions de défense et d'armement de l'Europe. Elles incluent
la transformation des systèmes militaro-industriels des Etats-Unis et
des quelques pays majeurs de l'Union européenne[9] depuis la dernière
décennie. Ici est posée la question de la "transatlantisation" - terme
bien plus adéquat que "globalisation" - des industries d'armement.
L'industrie d'armement est confrontée à des enjeux que connaissent les
autres industries :  rôle des "marchés financiers" dans les
restructurations transatlantiques, la privatisation croissante des
activités industrielles, mais également de la défense proprement dite
(maintenance des matériels, milices privées, etc) , les "gouvernements
d'entreprise" des grands groupes de l'armement.

En même temps, les initiatives visant à unifier les industries
d'armement européennes (dans des groupes européens, tels qu'EADS) et
harmoniser les marchés de l'armement européen, les procédures de
commandes publiques d'armes, etc. se multiplient depuis quelques
années et donnent lieu à la mise en place d'institutions
nouvelles[10]. Quelle est l'articulation entre ces transformations
industrielles et les orientations de la politique européenne, de
sécurité et de défense  (PESD) ? Celle-ci navigue entre les
souverainetés nationales et les références au rôle irremplaçable de
l'OTAN inlassablement mentionnées dans les textes officiels y compris
dans le rapport du groupe "Défense" de la Convention sur l'avenir de
l'Europe[11]. Bien évidemment ces questions prennent un tour plus
dramatique encore avec l'élargissement de l'UE et la satellisation de
certains pays de l'est par les Etats-Unis.

- Les relations entre les processus de mondialisation dominée par la
finance et le militarisme. C'est une évidence que le militarisme
nourrit les guerres. Pour l'essentiel, les industries d'armement sont
au nord et les guerres sont au "sud" . Celles-ci sont trop souvent
abusivement qualifiées de "guerres ethniques". J'ai tenté de montrer
que les guerres en Afrique, qui ont pour corollaire l'essor d'une
économie de la prédation sont à la fois une conséquence et une
composante de la mondialisation. Une conséquence puisque l'implosion
des appareils étatiques (en particulier sous le poids des politiques
néolibérales) fait de l'économie de la prédation des ressources
naturelles, organisées et contrôlées par des appareils d'Etat rivaux
ou non, un mode d'existence désormais courant. Les guerres sont
également une composante de la mondialisation : l'extraction des
ressources naturelles par les groupes multinationaux et le "recyclage"
des flux de revenus de l'économie de la prédation sur les marchés
internationaux continuent pendant les guerres, ils participent à
l'économie mondiale dans sa face qui n'est même pas cachée.

Le chaos produit dans de nombreuses régions a désormais pour
corollaire les propositions de redonner de la vigueur à un
"impérialisme néo-libéral" proposé par de nombreux spécialistes, dont
le contenu serait le retour de "mandats" , visant à ce qui dans les
documents officiels américains est appelé par antiphrase la
"construction des nations" (nation-building) [12]. Le "remodelage"
(reshaping) du Moyen-orient annoncé par Powell, qui commence par le
dépeçage de l'Irak, s'inscrit dans le cadre de cette politique. Mais
l'impérialisme néolibéral passe également par la proposition que la
"communauté internationale" (l'ONU)  assume la tutelle des pays qui
sont aujourd'hui en situation de détresse économique et frappés par
une implosion sociale. Une première illustration de cette position se
trouve dans la proposition qui est faite aujourd'hui - c'est-à-dire en
pleine guerre menée par les Etats-Unis - que les Nations-Unies devront
être associés à la reconstruction de l'Irak.

- Dans la doctrine de sécurité nationale des Etats-Unis rappelée par
l'Administration Bush en septembre 2202, il n'est pas seulement
mentionné la doctrine de la "guerre préventive" ce qui est désormais
bien connu. Il est aussi affirmé que "la paix, la démocratie, la
liberté des marchés, le libre-échange" doivent être défendus comme des
"valeurs non négociables de la dignité humaine" . Ce qui signifie
qu'elles sont bien sûr justiciables d'une défense militaire. Sur ces
questions, le continent latino-américain sera dans les mois qui
viennent, plus encore que dans le passé récent un lieu déterminant où
sera posée la question de la relation entre la mondialisation et la
"guerre sans limites". L'articulation entre l'extension des "marchés"
(en particulier par la création de la ZLEA en 2005) et la posture
militaire des Administrations américaines (dont le "Plan Colombie" est
un des emblèmes)  éclaire sur la relation de l'économie au militaire.

Claude Serfati


MER 21. MAI 2003  12:22

ferretti@...
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Bonjour à tous et à toutes. Comme je crois très important de bien connaître et comprendre le contexte mondial dans lequel nous menons notre lutte pour...
Andrée Ferretti
ferretti@...
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21. MAI 2003
12:24

Bonjour Mme Feretti, Je suis 'nouveau' sur ce Forum. Mais plusieurs membres me connaisent déjà.. Mon ami Robert Bertrand m'avait signalé que vous écriviez...
Jean-Marc Rioux
rioux_jm
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21. MAI 2003
13:57
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