Je profite des quelques jours de congé pour reprendre quelques thèmes
évoqués dans ce forum de discussion, au cours des dernières semaines.
La trahison dont a été victime le Québec en 1982, je veux parler, ici, du
rapatriement de la constitution:
D'abord, quelques précisions, je m'efforce toujours d'essayer de comprendre
les arguments de mes adversaires (les fédéralistes), et parfois de
reconnaître que sur un point précis, ils ont raison. De plus, j'accepte la
légitimité de l'option fédéraliste. Ce qui m'intéresse, c'est la vérité ou
du moins ce qui s'en rapproche le plus, même si celle-ci est douloureuse.
Le Québec et la majorité des autres provinces font front commun contre
Trudeau et le NB + l'Ontario. Tergiversations, appel à la cours suprême
etc.... L'alliance tient bon. Arrive la conférence d'Ottawa, blocage
complet, contre toute attente, le front commun tient le coup.
Trudeau, PM du Canada, dont l'engagement envers son pays ne fait aucun
doute, décide de tenter de briser ce front commun. Décision logique qui
serait sûrement considéré tout à fait appropriée dans les circonstances,
par n'importe quel observateur impartial.
Évidement, on se serait attendu qu'il trouve le maillon faible et qu'il
approche telle ou telle province, mais non, c'est le Québec qu'il accroche,
et René Levèsque tombe dans le panneau. Unilatéralement, sans consulter ses
partenaires, il accepte le défi que lui proposait PET, et ensuite, s'en va
dormir du sommeil du juste à Hull! Ni lui, ni Claude Morin n'ont jamais
voulu reconnaître, que ce faisant, ils violaient l'accord qui les liait aux
autres provinces. Alors durant cette fameuse nuit, Trudeau, Chrétien
etc..., s'en sont donnés à coeur joie. Peut-on vraiment, au cours d'un
combat de boxe, reprocher à l'adversaire de nous donner des coups de poings?!
Le Québec a-t-il été humilié, ce jour là? La nouvelle constitution a-t-elle
été adoptée sans l'accord du peuple du Québec? Oui, je l'ai cru pendant
longtemps, mais la questions est complexe. Disons que la constitution a été
adoptée sans l'accord du gouvernement du Québec, la dessus pas de problème.
Il est évident, par ailleurs, que le gouvernement québécois avait été
démocratiquement élu par le peuple du Québec. Malheureusement, il y a un
hic, maudit système fédéraliste, on ne sait pas toujours qui représente
qui. Les députés fédéraux québécois, eux aussi élus démocratiquement,
appuyaient massivement tout ce processus et je me suis toujours demandé, ce
qui devait bien se passer, à cette époque, dans la têtes des Québecois qui
avaient voté à la fois pour Trudeau et Lévèsque!
Arrive maintenant l'argument massue: il n'y avait pas moyen de faire
autrement, le gouvernement du PQ étant voué à faire la souveraineté du
Québec, il était donc impossible de l' impliquer véritablement dans un
processus dont le but était de renouveler le fédéralisme canadien. Argument
fédéraliste, évidemment, mais d'une implacable logique.
Et le peuple du Québec dans tout cela? La constitution a-t-elle été adopté
sans son assentiment? Peut-être bien, je ne rejette pas complètement cette
idée, mais je dis, attention à la démagogie, nous sommes sur un terrain
extrêmement glissant.
Imaginons, ou plutôt jouons à réécrire l'histoire. Imaginons, dis-je, que
Trudeau, respectueux du manque de consensus au Québec, décide d'attendre.
D'attendre quoi? Que les fédéralistes reprennent le pouvoir à Québec, ce
qui devait se matérialiser 3 ans plus tard. Imaginons encore, Trudeau au
pouvoir en 1985 et la même conférence d'Ottawa, avec cette fois le PLQ
représentant toujours aussi démocratiquement, le peuple du Québec. Tout se
serait passé sans anicroches, ou presque, on aurait évidemment donné
quelques bonbons au Québec ( quelque demandes traditionnelles auraient été
acceptées) et jamais n'aurait-on parlé de l'humiliation du peuple du Québec.
Je compatis avec mon PM québécois de l'époque, celui qui m'a convaincu
d'adhérer à la cause souverainiste, il y a presque 30 ans, mais il a été
d'une faiblesse extraordinaire, ce jour là!
Je réalise combien la position d'un gouvernement souverainiste à
l'intérieur du Canada est intenable. Le but premier d'un gouvernement du PQ
est de réaliser la souveraineté du Québec et non pas de gouverner une
province canadienne. Après 30 ans d'efforts, nous sommes revenus quasiment
au point de départ, avec Lucien Bouchard qui va aller négocier l'union
sociale et avec un Bloc qui s'enlise à Ottawa.
Le prochain référendum devrait être le dernier. Il faudra prendre le temps
qu'il faut et il faudra forcer les petits malins qui aiment bien Lucien
Bouchard, mais qui se demandent encore si tout compte fait, il ne vaudrait
pas mieux rester bien au chaud au Canada, de se brancher. Le PQ et tous les
souverainistes devront mener le combat de leur vie et bien faire comprendre
à la population qu'en cas de nouvel échec, C'EST FINI. Plus de parti
souverainiste qui joue au bon gouvernement provincial. Plus de PQ et vivent
les partis libéraux, conservateurs et néo-démocrates du Québec et pourquoi
pas, tant qu'à y être le parti réformiste québécois!!!
Christian Sinave
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