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[A-g.Qc] L'argument économique   Liste de messages  
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L’ARGUMENT ÉCONOMIQUE

D’aucuns prétendent qu’un Québec politiquement indépendant serait un Québec
économiquement à terre. Autour des référendums de 1980 et de 1995, il n’a pas
manqué de prophètes de malheur chez les « fédéralistes » pour prédire, qui la
baisse du niveau de vie, qui la fuite des capitaux, qui la débandade financière
ou autres calamités en cas de victoire du OUI. Quand ces « gars des vues » n’ont
pas tout simplement remis en scène le coup de la Brink’s... Contre ces campagnes
de peur qui brandissent les « risques de l’indépendance » et ses « coûts », il
faut bien sûr savoir rappeler avec André d’Allemagne que « le plus mauvais
risque à prendre est encore de dépendre des autres. » (« Le presque pays »,
Lanctôt Éditeur, 1998, p. 94) Mais c’est autre chose que je voudrais rapporter
ici, une comparaison qui tend à démontrer que l'argument économique, pour
important qu'il soit, n'est pas décisif.

À l’été 1992, je me trouvais en Allemagne. Comme de raison, on y discutait sans
discontinuer de la réunification des deux Allemagnes (la fameuse « deutsche
Wiedervereinigung »). Tout un contrat, que cette réunification. Le mur de Berlin
avait disparu trois ans plus tôt, mais, comme j’ai pu le lire sur une bannière
de manifestants de l’ex-Allemagne de l’Est, impatients d’accéder aux bonheur
occidental : « Die Mauer ist weg aber die Mauern bleiben » (Le Mur n’est plus,
mais les murs demeurent). La phrase en disait long sur les difficultés de la
réunification, sur les sarcasmes des « Wessies » à l'endroit des « Ossies », des
riches de l'Ouest à l'endroit des pauvres de l'Est, sur les différences
culturelles, institutionnelles et autres creusées par quarante ans de séparation
politique, etc. Or, dans ce branle-bas, on discutait beaucoup en particulier des
coûts de la réunification en question, les Allemands de l'Ouest ayant tendance à
trouver la facture un peu beaucoup salée.

Et cela faisait penser au cas québécois, où l'éventuelle souveraineté suscite
également des débats sur ses fameux « coûts », que les adversaires ont bien sûr
tendances à grossir sans retenue. Sauf qu’à bien y penser, au Québec, on discute
des coûts, non de la réunification, mais de son contraire, la sécession. De
cette cocasserie, n’y a-t-il pas une leçon à tirer ? À mes yeux en tout cas,
cela semblait prouver que la discussion sur les coûts n'est qu'une façon de
tourner autour du pot. Le pot, c'est la nécessité historique, la raison
politique. Si l'on peut brandir l'épouvantail des coûts autant contre l'unité
que son contraire, c'est que la question essentielle n'a pas à voir avec
l'économie. L'économie n'est jamais un argument politique; c'est seulement un
argument de politicien. Et de même sans doute que pour la réunification
allemande, la justification première et décisive de l’indépendance du Québec est
d’ordre politique.

Richard Gervais
10 janvier 1999

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DIM 10. JAN 1999  5:38

rgervais@...
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L’ARGUMENT ÉCONOMIQUE D’aucuns prétendent qu’un Québec politiquement indépendant serait un Québec économiquement à terre. Autour des référendums...
rgervais@... Envoyer un message 10. JAN 1999
5:42
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