En réponse à José Fontaine.
J’intercale mes remarques avec l’abréviation suivante : REM. J’ai essayé d’être
le plus concis et le plus précis possible. J’espère être parvenu à rendre plus
clair certaines idées personnelles et d’autres de mon maître Maurice Séguin.
Bonne lecture.
Bruno Deshaies
Bruno Deshaies -- bd@...
Directeur
Le Rond-Point des sciences humaines
http://www.rond-point.qc.ca
José Fontaine a écrit :
J'ai lu avec attention les deux premiers de vos textes sur MS. Je suis frappé
par deux choses :
1) l'idée que le citoyen a une vision globale de l'histoire et que c'est sur
cette vision globale que l'historien doit travailler d'abord s'il veut faire
oeuvre à la fois de scientifique ou de penseur et de citoyen.
Cela, c'est formidable. On ne dit jamais cela... sauf les philosophes...
REM. : Les philosophes ont trop tendance à travailler avec des Idées et des
concepts et à se bâtir une logique qui souvent s’égare du réel, à l’exception de
celui du réel imaginaire conçu ou produit par leurs pensées. Nous avons au
Québec en ce moment des philosophes qui font de la philosophie politique en
dehors du poids ou des forces profondes de l’histoire. Les conséquences d’une
telle pensée sont désastreuses. Les Québécois-Français en paient le prix élevé
du point de vue de l’optique indépendantiste.
2) la différence entre les défaites partielles et les défaites complètes.
REM. : Je résume. La notion de " défaite fondamentale " réfère à l’idée d’un
remplacement qui devient permanent par le Conquérant. C’est ce qui est arrivé
aux Canadiens (français) ou aux Français du Canada en 1760. Ce n’est pas le cas
des pays que vous nommez pour l’Europe en 1940. Les " dommages " causés par la
Deuxième guerre mondiale ont été plus lourds pour l’Allemagne et c’est elle qui
a pu le mieux se relever grâce au Plan Marshall. La France, entre autres, en a
souffert. Mais tout ça est une autre histoire.
Ici l'exemple donné est celui du Québec en 1760 et la France en 1940.
On pourrait se dire que c'est juste sauf que j'ajouterais quand même que les six
pays fondateurs du marché Commun (France, Allemagne, Belgique, Hollande,
Luxembourg, Italie), ont tous été défaits durant la Deuxième guerre et un
politologue danois dit que ce sont les pays les plus "damaged" (ce que je
traduirais par "meurtris") qui sont le noyau de l'Union européenne, dont trois
s'opposent aux USA présentement (pour moi, la Belgique n'est pas un pays mais
c'est un État et sur certains points Flamands et Wallons ont des choses en
commun).
REM. : Vous connaissez beaucoup mieux l’histoire de la Belgique que je pourrais
la connaître. Mais les frictions (?)entre Flamands et Wallons, ce n’est pas de
la tarte non plus.
On voit par là que leur union peut - attendons la fin évidemment - être aussi
une source de puissance pour eux (l'Italie est un peu paradoxalement en dehors
de l'alliance France-Allemagne-Belgique mais c'est anormal...., le Luxembourg
est petit mais comme la Holllande, il n'est pas contre cette alliance mais un
peu en dehors, oui...).
Une défaite partielle est très traumatisante. Les défaites partielles - mais je
ne sais pas - ont refait les pays que je cite autrement, très autrement qu'ils
ne l'avaient jamais été.
REM. : Une défaite peut être traumatisante, mais si elle ne s’accompagne pas
d’un remplacement complet par le pays Conquérant suivi d’une colonisation ou
d’un peuplement intensif, cette défaite " partielle " ne fait pas perdre
l’attribut suprême de pays indépendant capable d’agir par soi. C’est cette
dernière défaite qui est fondamentale.
Ceci dit, sur le Québec, il y a effectivement quelque chose de terrible dans la
défaite de 1760 et ses prolongements.
REM. : " La cause de l’assimilation est l’annexion prolongée... [...] amène la
destruction finale, totale de l’agir (par soi) collectif [...]" dans tous les
domaines. (Maurice Séguin, Les Normes, 3,11,7.)
J'en reprends conscience, je reprends conscience des amis québécois rencontrés
il y a presque 40 ans à Louvain et dont je sentais une tristesse liée au destin
national comme il y a de la tristesse exprimée dans certains chants du Québec,
traditionnels ou modernes.
Voilà, je comprends très sincèrement ce que vous dites, Bruno et en même temps,
je dois non pas vous opposer mon expérience mais la confronter à ce que vous
dites.
REM. : Ce qui est bien. Mais je ferais une distinction entre l’expérience
personnelle et l’expérience historique, c.-à-d. les fruits réels de la
connaissance historique. Moi aussi, j’ai mon expérience, mes souvenirs, la
mémoire d’événements et souvent je m’aperçois que le réel est souvent très
différent d’une connaissance scientifique (malgré ses limites et ses
imperfections).
Cordialement et sincèrement,
José Fontaine
Il faut confronter le nationalisme en Amérique du Nord et en Europe...
Remarquez aussi que le résultat de 1995 est une sorte de victoire incomplète car
une défait militaire, je crois, ne peut jamais tenir à quelque chose d'infime,
ce qui est le cas de la "défaite" de 95...
[Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul on été
supprimées]