|
Mercredi 15 mars 2000
De Gaulle pensait-il à la souveraineté-association?
Par Michel Dolbec - Presse Canadienne
PARIS — Si le général de Gaulle jugeait l'indépendance du
Québec nécessaire et "inéluctable", il était également favorable
au maintient d'une "conjonction organique" entre une éventuelle
république québécoise et le reste du Canada.
Dans le troisième tome de ses carnets sur Charles de Gaulle,
qu'il a eu le temps de terminer avant de s'éteindre l'été dernier,
l'ex-ministre Alain Peyrefitte montre que le général avait aussi
réfléchit à cet aspect du problème.
Déjà en 1963, le président français avait évoqué devant le
ministre un lien institutionnel entre le Québec et le "Canada non
français", dans lequel il incluait non seulement le Canada anglais
mais aussi toutes les "terres vierges" appelées à devenir "une
terre de colonisation commune". . .
Pour le général, il semblait naturel de remplacer la fédération
canadienne (une "fédération à la gomme!") par une vraie
confédération chargée de régler les problèmes de "vie
commune".
"Ce qui est aujourd'hui souhaitable, c'est que le Québec forme
une confédération, au sens moderne du mot, avec les provinces
anglophones, explique-t-il à Alain Peyrefitte un mois après avoir
lancé son Vive le Québec libre à Montréal. (. . .)
"Sur la base de cette souveraineté reconnue préalablement, le
Québec pourrait mettre en commun avec les provinces
anglophones des compétences particulières - économiques,
monétaire , sécurité commune - comme la France accepte ou
acceptera de le faire dans le cadre européen. Mais d'abord, il
faut que le Québec change de statut."
Ce changement de statut ne pouvait être que l'indépendance,
seul moyen pour le général de Gaulle d' " affranchir" les "Français
du Canada" de la domination coloniale anglaise. Son opinion
était faite : personne, même pas la veuve du général Vanier,
n'aurait pu le faire changer d'avis.
"Le seul avenir possible pour le Québec, c'est de devenir
souverain. Ca finira comme ça un jour ou l'autre", dit-il enjuin
1967 à Pauline Vanier, qui quittera le Palais de l'Elysée en
larmes.
Pour aider le Québec, de Gaulle pratiquera la politique du "fait
accompli", proposant de développer, sur le modèle
franco-allemand, une "coopération bilatérale de plus en plus
étroite qui aboutira de facto à ce que la France traite le Québec
comme un Etat souverain".
Du côté québécois, Daniel Johnson freine, trouve que "tout ça va
trop vite". De Gaulle, qui finit par trouver les Québécois
pusillanimes, portera sur leur premier ministre un jugement sans
appel. "Il était en position de faire l'histoire. Il y renonce,
déclare-t-il. C'est un politicien de province. (. . .) C'est un petit
bonhomme."
Le troisième tome de "C'était de Gaulle" sortira en France le 22
mars.
|