Y-a-t-il de la vie sur Mars ?
La question est politique
Par : Pierre-Yves Frei
De la sonde Mars Global Surveyor proviennent des images troublantes.
Les experts de la NASA en font une interprétation intéressée.
Les scientifiques de la NASA, toutes cravates dehors, eux qui sont
habitués aux shorts et aux tongs, montrent fièrement les dernières
images en provenance de la sonde Mars Global Surveyor.
Deux rigoles, deux marques d'érosions fraîches, sur les flancs d'un
cratère tendraient à prouver les signes d'une activité récente,
activité que l'équipe américaine met sur le compte d'écoulement d'une
quantité d'eau non négligeable, équivalant à plusieurs piscines
terriennes. C'était le 6 décembre dernier.
Une autre forme de vie Pas de quoi révolutionner le monde a priori,
sauf qu'il s'agit de Mars – bien plus qu'une planète, une usine à
fantasmes, un miroir de la Terre dans lequel l'homme se perd avec
bonheur et frissons depuis le 19e siècle, avide autant qu'effrayé d'y
trouver les signes d'une autre vie.
Car la quête de l'eau sur la planète rouge ne sert aucune autre
arrière-pensée que celle de découvrir une autre forme de vie, fut-
elle bactérienne et enfouie à plusieurs mètres sous le sol martien,
là où une hypothétique activité hydrothermale offrirait à des
organismes le loisir de se déployer.
En effet, ni la température, très basse sur Mars, ni son atmosphère,
trop ténue, ne permet à l'eau d'exister durablement sous forme
liquide en surface. Mais cela n'exclut pas le sous-sol où une chaleur
résiduelle pourrait fournir assez d'énergie pour liquéfier l'eau et
permettre un environnement favorable à la vie.
C'est en retenant cette hypothèse que Georges Bush peut annoncer,
comme il l'a fait il y a une semaine, que les États-Unis envisagent
d'installer désormais une base sur la Lune. Un projet très ambitieux,
mais invendable au public s'il n'offre comme seule perspective
l'étude de sols lunaires rigoureusement stériles. La Lune a donc
besoin de Mars. Raison pour laquelle le président des États-Unis
s'est empressé de préciser que notre satellite naturel serait un
tremplin vers la planète rouge.
«Les États-Unis rêvent de reprendre l'initiative spatiale, explique
Pierre Lagrange, sociologue des sciences au CNRS et auteur d'un guide
touristique de… Mars. Le choix de la navette spatiale les a maintenus
trop longtemps en orbite basse. Nombreux sont ceux qui entendent
retrouver le souffle et la grandeur des premières missions Apollo.»
Un terrain de conquête
Si on pratique un peu le raccourci, on pourrait même avancer que Mars
est un terrain de conquête fort tranquille comparé à certains
théâtres d'opération terrestres moins pacifiques. Un homme sur Mars
est un ticket pour la gloire, une entrée certaine dans la grande
histoire. Et si la facture de cette mission est certainement très
élevée, il suffit de rappeler que selon Joseph E. Stiglitz, prix
Nobel d'économie, le coût de la guerre en Irak avoisinerait les 2000
milliards de dollars pour un gain de prestige extrêmement discutable.
Est-ce pour autant que les États-Unis, sans doute appuyés par les
Européens, les Russes, les Japonais et les Chinois, enverront
réellement une mission sur Mars? Le sociologue français en
doute. «C'est une mission à très hauts risques. Il peut arriver
tellement de choses dans un tel voyage. Et les Etats n'ont pas
forcément envie de les prendre, eux qui gouvernent plutôt en fonction
du risque zéro et du principe de précaution.»
Alors quoi, enterré le projet martien? Pas forcément pense Pierre
Lagrange qui verrait bien le secteur privé se saisir de l'affaire,
s'inspirant d'initiatives comme celle de la compagnie Virgin qui
aujourd'hui prospecte très sérieusement le marché du tourisme
spatial. «Imaginez un peu l'impact médiatique et publicitaire d'une
telle mission pour des sociétés. Imaginez que le premier homme sur
Mars soit sponsorisé par une célèbre marque de soda.»
Reste à penser le slogan: un Mars et ça repart, peut-être? Ah non,
celui-là existe déjà.
De l'eau liquide vraiment?
C'est en comparant des photos prises à quelques années d'écart par la
sonde Mars Global Surveyor que les scientifiques de la NASA ont noté
un changement notoire: l'apparition de deux ravines sur les bords
d'un cratère, colorées de façon claire, laissant penser que les
traces sont fraîches et qu'elles ont été provoquées par un épisode
torrentiel soudain d'une eau qui aurait jailli des profondeurs.
Mais cette conclusion se base surtout sur une étude géomorphologique
comparant ces traces martiennes avec des figures d'érosion bien
connues sur Terre. Or même si les effets se ressemblent, ils ne sont
pas forcément provoqués par la même cause.
Le doute vient de ce que l'eau sur Mars, du fait de la température et
de la pression, ne peut exister sous forme liquide. Certains
chercheurs avancent plutôt l'idée de glace carbonique dont la
liquéfaction peut intervenir à des températures très basses.
D'autres suggèrent que ce n'est pas du liquide, mais des vents et des
éboulements rocheux qui dessineraient ces figures. Ces dernières
pourraient même être la conséquence de dégazages soudains.
Dans un récent article de Nature, un scientifique, Phil Christensen,
décrivait ce qu'il pense être des geysers gazeux de dioxyde de
carbone. Ces geysers pourraient atteindre 200 mètres de haut. Le
Soleil les déclencherait en réchauffant la surface de Mars. L'eau
martienne reste donc un sujet trouble. (pyf)
Source : Tribune de Genève tdg.ch , journal interactif
http://www.tdg.ch/tghome/toute_l_info_test/enjeux/mars__09_12_.html
Manon Petit
CRUCRAS/FR