Histoire, Internet et financement
Je dois avouer que la discussion qui a suivi la conférence " L'historien et
le multimédia " ce soir m'a grandement inspirée (voir
http://www.reseauhistoire.uqam.ca ).
La question du financement à long terme des sites Web ou des projets
multimédias en histoire en est une que nous ne pouvons esquiver. José
Iguartua et Jean-Claude Turcotte (?) ont visé juste en la soulevant ce soir.
Question éternelle, question omniprésente. Depuis cinq ou six ans, les
gouvernements provincial et fédéral accordent des subventions, souvent
généreuses, afin de démarrer des projets de sites Web ou autres productions
multimédias. Toutefois, ces projets finissent par vivoter ou avorter, faute
de planification de financement à long terme.
À qui revient la responsabilité d'assurer la pérennité de ces projets? À l'
État? À l'initiative personnelle souvent bénévole (à l'exemple de Michel
Guay et de son site encyclopédique sur l'Égypte pharaonique
http://www.egypteeternelle.net)? Ou, pourrait-on supposer que le
développement à long terme de ces sites repose sur la force de la
communauté, l'échange de service, le partenariat?
Nous avons cherché à appliquer au Web les modes de financement
traditionnels. La publicité directe, par exemple, a été appliquée à partir
du même modèle que pour les ressources imprimées, sans tenir compte de l'
impopularité de ces méthodes auprès des internautes.
Cette question n'est pas exclusive aux historiens. Tous les " vieux " du Web
l'ont posé, y compris Jean-Pierre Cloutier, l'auteur des désormais célèbres
Chroniques de Cybérie. Doit-on imposer une taxe aux utilisateurs qui
permettrait d'assurer la survie des producteurs de contenu? Dans l'
affirmative, comment ces revenus seraient-ils distribués?
Peut-être que ce n'est pas encore la bonne solution ou a-t-elle été proposée
trop tôt?
J'ai tendance à croire que nous n'avons pas de mode de financement à long
terme simplement parce que nous n'avons pas encore trouvé la bonne manière d
'y parvenir. Peut-être est-il temps de repenser les modes de financements
traditionnels? Peut-qu'ils ne sont pas adaptés au Web ? La déconfiture des "
point.com " signifie peut-être qu'il y a eu erreur sur la manière de penser,
de gérer et de financer le Web?
À ses débuts, Internet était un réseau. Au fil du temps, il s'est
graduellement muté en média, en outil de diffusion. Mais peut-être
avons-nous oublié qu'il s'agissait d'un outil de réseautage et d'échanges de
connaissances? Si le financement des contenus Web reposait davantage sur l'
appui des communautés, sur la force du nombre, peut-être serait-il plus
facile de prévoir le développement à long terme? Ainsi, il y aurait
peut-être moins d'initiatives cloisonnées et vouées à la faillite.
Internet est encorejeune. Il y a dix ans, nous n'étions qu'une poignée de
curieux à explorer ce réseau en rêvant aux merveilles qu'il nous permettrait
d'accomplir. Une décennie plus tard, le nombre de curieux a augmenté, mais
encore peu de gens peuvent se vanter de connaître la véritable " culture "
du Web. Beaucoup y ont vu une occasion de s'enrichir rapidement et le nombre
de " point.com " s'est multiplié. Malgré la débâcle des " point.com ",
beaucoup continuent de croire qu'ils pourront s'enrichir.
Ce qui m'intéresse, ce n'est pas l'appât du gain, mais plutôt la manière d'
atteindre un seuil de rentabilité avec un site Web axé sur le développement
de contenu. Est-ce possible? Les instances gouvernementales devraient-elles
prévoir leurs modes de financement sur cinq ou dix ans plutôt que sur trois
ans? Avant d'accorder une subvention, devraient-elles exiger un plan d'
autofinancement à long terme? Mais encore faut-il que de tels plans de
financement fonctionnent.La publicité dans Internet, telle que nous la
connaissons présentement, est-elle vouée à l'échec? La publicité
devrait-elle prendre une autre forme? Et si la publicité devenait plutôt un
lieu de partenariat fondé sur l'échange de services?
La venue des " point.com " a-t-elle dénaturée Internet? Certains diront qu'
il s'agit d'une évolution, mais est-ce une évolution souhaitable et
incontournable?
Qu'en pensez-vous?
Christine Simard
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