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Ifrane (Maroc) : La sculpture du lion   Liste de messages  
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Publié dans le « MATIN » du dimanche 16 mars 2003(Maroc : Le Matin du
Sahara et du Maghreb)

Chronique sur la recherche du lion d’Ifrane

Par Mohammed EL AOUENE



La rencontre est stupéfiante. Retiré dans un îlot de verdure de ce
parc naturel, taillé à même la roche, un lion se repose, méditatif,
semblant plongé dans une profonde introspection. Il ne cesse
d’intriguer les visiteurs depuis de longues décennies. Puissant,
impassible, aux dimensions impressionnantes : 7 m. de long, 2 m. de
haut et 1,50 m.

Inscrites dans la légende, les rumeurs les plus diverses courent
depuis très longtemps selon lesquelles il serait l’œuvre de
prisonniers, de légionnaires, d’individus aux nationalités diverses&#=
8230;
Depuis quand est-il là, qui en est le sculpteur ? Une énigme
intéressante à résoudre.

L’histoire du Moyen Atlas sujet de nombreuses discussions amicales
avec d’autres personnes comme moi natives d’Ifrane, amenait de =

résurgentes interrogations sur cette sculpture. Par ailleurs, mes
fonctions administratives au Ministère des Affaires Culturelles de la
région m’avaient permis de recueillir des anecdotes intéressantes
mais rien de tangible. A la suite d’articles parus dans la presse
nationales sur « la recherche sur le lion d’Ifrane » puis sur
Internet, j’ai pu constater, l’intérêt suscité, par les réponse=
s des
lecteurs. Une excellente équipe, hétérogène, dispersée à tous les
horizons s’est naturellement constituée, afin de remonter à la genèse=

de notre fauve en retrouvant son auteur. Ce récit en est la synthèse
de nos échanges quasi-journaliers.

Tahar BENJELLOUN écrit « on définit la culture d’une société à ses
monuments, à sa relation avec le passé par son ancrage dans
l’histoire » ou plus prosaïquement : le présent est le fils du passé.=

L’islam interdit la représentation figurative, aussi, un musulman
s’étonnera de la présence de cette statue, s’il fait abstractio=
n de
l’histoire de la religion et de celle du pays au cours des siècles
précédents, omettant les communautés diverses qui y ont vécu et
laissé leur empreinte.

CE LION

Symbolise-t-il le Maroc pacifié ou pérennise-t-il le souvenir de ces
fauves qui le peuplaient jusqu’au début du siècle dernier ? Rien
d’avéré. Difficile a posteriori de définir les intentions de
l’artiste ou de son commanditaire. Pourquoi ne pas simplement
accréditer la thèse de ceux qui prétendent que le rocher suggérait
l’animal ? Les professeurs de littérature arabe enseignent que le
poète, par extension l’artiste subit l’influence conjoncturelle=
de
son environnement.

Populaire et familier, présent aux armoiries de la ville ; qui évoque
IFRANE l’associe immédiatement au paysage et à ses propres souvenirs.=

Notre première rencontre, a sublimé longtemps mon imaginaire. Mon ami
d’enfance, Henri GIORGI, français, qui a vécu ces mêmes frayeurs dans=

des circonstances analogues, invite les touristes en villégiature
dans la région, à lui donner de « ses nouvelles ». Tout comme on
s’inquiète d’un ami lointain.

LA SCULPTURE

Le style fait-il allusion, ou s’inspire-t-il des lions de l’Alh=
ambra
de Grenade (Espagne) ? Pas vraiment, la facture en est différente.
Ils sont douze debout taillés dans le marbre. De pierre tendre, il
est seul, couché. Points communs : la sobriété du trait et la
civilisation arabe.

Un premier courrier du Conservateur du Patrimoine des archives
diplomatiques de Nantes (France) confirme « qu’aucune date, ni
indication sur l’auteur n’apparaît. Une certitude : la statue f=
igure
sur le plan d’Ifrane daté du 12 août 1932. »

Remonter aux prémisses de la ville ? Facile, en somme pas si loin que
ça ! Laissons à Larbi AÏSSA le soin de réaliser son projet d’en
écrire l’histoire. Soulignons simplement le fait que l’idée de =
la
station en revient à Eirik LABONNE, Secrétaire Général du Protectorat
Français au Maroc puis Résident Général, et que la mise en chantier
débute en 1929.

Dans son livre « Les cytises de Jaba : Retour en mon pays
berbère », Josette HENRY-GIORGI, ex-institutrice, fille du premier
receveur des postes, évoquant la création de la station, précise
qu’elle l’a vu naître sous le ciseau d’un professeur de d=
essin du
lycée GOURAUD (Lycée Hassan II) de Rabat dans les années 1930 : Henri
MOREAU. Elément retenu.

LE SCULPTEUR

Retour sur Internet ! Le livre d’or du lycée GOURAUD montre la
photographie de l’inauguration, le 7 avril 1946, du monument aux
morts, œuvre du professeur de dessin Henri MOREAU, en fonction de
1928 à 1944. A noter que le Bénézit, dictionnaire des peintres,
sculpteurs, dessinateurs, graveurs, ne le mentionne pas. Par
ailleurs, ce patronyme français est courant dans de nombreuses
régions et dans ces mêmes professions. D’où notre circonspection,
s’agit-il de la même personne ou d’un homonyme ?

Une mince biographie d’Eric LABAYLE, élude le professorat à GOURAUD =

mais nous confirme les prénoms de l’artiste et certains œuvres c=
réées
au Maroc : La vierge aux Cèdres d’Ifrane, le buste de Mohammed V, des=

portraits…pas de lion ! Liste attestée par courriel de Bruno THET,
neveu de MOREAU. Renseignements intéressants corroborés par les
documents recueillis par Mireille MUSSEAU auprès des Beaux-arts de
Libourne qui, avec une extrême amabilité nous ont remis :

Ø Une plaquette d’une exposition au musée de Carmel en 1988 ;
Ø Une liste manuscrite de MOREAU, des pièces faites à Rabat ;
Ø Lettre de remerciement au Général AMADE pour son emploi au
Maroc ;
Ø Des artistes du journal Sud-ouest où Jean François HARRIBEY
fait l’apologie de l’œuvre, une interview de Madame MOREAU=
citant le
lion d’IFRANE, enfin !

Une opportunité m’offre un début du fil d’Ariane à la Bibliothè=
que
Générale et Archives de Rabat. Dans le N° 14 de la revue « Maroc » du
15 août 1930, MOREAU pose devant sa statue. Légende : « Le lion
d’Ifrane sculpté entièrement dans le roc. M. Moreau, de Rabat que la =

photo nous montre placé devant son œuvre a eu le mérite de
l’exécution de cette sculpture à la fois originale et imposante. »
L’article est intitulé : « IFRANE, la perle de l’Atlas. » Il e=
st
signé par J. CARRE. Rimeur en manque d’inspiration l’auteur n&#=
8217;a-t-il
trouvé que « crâne »… pour « Ifrane » ? Alors que notre jolie ville
où la nature généreuse et luxuriante offre si joliment « ourtane »,
nom berbère évocateur de jardin fruitier.



RETOUR A L’HISTOIRE

La situation géographique d’Ifrane, la topographie et son climat
privilégié, déterminent le choix du Gouvernement marocain à
l’édification d’une station estivale dans un espace vierge de t=
oute
construction. Une partie de la main d’œuvre sera constituée de
prisonniers. Le 9 juillet 1929 arrive le premier camion de matériaux.
Le 15 août 1929 voit l’inauguration des hôtels, du Casino, de
chalets, ainsi que le Centre d’estivage et de la place du lion…=


E. LABONNE, Le Secrétaire Général du Protectorat avise M. TOURNAN,
Chef du Centre d’Ifrane « de l’arrivée du sculpteur pour trava=
iller
au rocher du lion par une note de service N° 63 du 2 mars 1930 –
Objet : Ifrane, place du lion – travaux exécutés par M. MOREAU.
L’œuvre devra être terminée le 20 avril prochain, 2 ou 3 prisonn=
iers
seront mis à sa disposition pour accomplir ce travail ». Selon les
relevés du Budget dressé le 15 juillet 1930, la réalisation du projet
ne prendra que 15 jours.

Henri Jean MOREAU est né à LIBOURNE (France) où la municipalité lui
commande le monument aux morts de la guerre 1914/1918. Il n’obtient
qu’un succès d’estime. Sur la recommandation du Général D&#8217=
;AMADE, il
s’installe à Rabat au poste d’inspecteur aux Monuments Historiq=
ues et
celui de professeur de dessin au lycée GOURAUD, tout en continuant sa
carrière de sculpteur. Malade, il rentrera définitivement en France,
en 1954 pour mourir dans l’indifférence, oublié, en 1956, dans la
propriété de BARROUIL à BOSSUGAN - Commune de St-EMILION, à 5 Km de
LIBOURNE, Département de la GIRONDE – Pourquoi donc avoir laissé
s’instaurer l’incognito sur le lion alors qu’il est encor=
e à IFRANE ?

Le sculpteur et son œuvre restent ignorés des Libournais, tant il est =

vrai que nul n’est prophète en son pays. A longueur de jour de
nombreuses personnes passent devant le monument aux morts du lycée
Hassan II à RABAT, celui de LIBOURNE et la statue d’IFRANE en
méconnaissant le nom de l’artiste.

Ironie du sort, depuis plus de soixante-dix ans, sous le beau soleil
du Maroc et dans le plus grand anonymat, la notoriété de la sculpture
d’IFRANE continue à se tailler la part du lion.

Mohammed EL AOUENE
Rabat, le 28 février 2003






































VEN 4. AVR 2003  11:22

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4. AVR 2003
15:33
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