Si j'étais...
une femme musulmane immigrée
un enfant chassé par la guerre
un petit paysan
patriarcal, bien sûr
chassé de sa terre par la "concurrence libre et non faussée"
j'aurais
tout vendu pour payer très cher
au moins le prix de deux mois de vacances tous frais payés à
l'hôtel
rénové de Bandar Truc
reconstruit en hâte après le Tsunami
et vol aller retour "low cost" compris
un passage aléatoire vers la terre promise d'Europe
j'aurais quitté mon village
les collines familières , les arbres de mon enfance, les lieux des
rendez-vous secrets
et tout ce qui fait la douceur d'une terre natale
j'aurais survécu à la traversée d'un désert dans un
conteneur
surchauffé
ou vu mes compagnons se noyer
en traversant la Méditérannée sur une coquille de noix
j'aurais échappé aux gardes côtes
aux rafles policières se terminant par un retour en charter
à la case départ dans le meilleur des cas
ou dans un ailleurs encore plus pauvre que le mien
j'aurais sans papiers fait n'importe quel boulot
à peine payé
pour me nourrir et les miens
j'aurais dormi dans les combles de vieux hôtels
inflammables
et très chers
tout a son prix, n'est ce pas
et la discrétion encore plus
j'aurais su que d'autres femmes
immigrées et clandestines
à bout de souffle
faisaient des passes pour survivre
et puis un jour
peut-être
aurais-je eu la chance de rencontrer
mon libérateur...
mais dis-moi
Camarade
n'est-ce pas plutôt nous
qui devrions nous voiler la face
de honte ?