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"60 secondes"

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  • Valérien Lachance
    Bonsoir madame Ferretti Bonsoir madme Ferretti Je suis ravi de votre texte et je tiens à vous remercier. Il rend justice à ce géant de notre histoire
    Message 1 sur 45 , 20 mars 2003
      Bonsoir madame Ferretti
      Bonsoir madme Ferretti

      Je suis ravi de votre texte et je tiens à vous remercier.

      Il rend justice à ce géant de notre histoire nationale trop souvent
      ignoré, voir même méprisé dans certains milieux !

      Je me suis inspiré des citations de Lionel Groulx justement
      parce que c'est un auteur concis, authentique et captivant
      et que je l'aime bien madame Ferretti.

      Votre texte pourrait facilement servir à la défense de l'oeuvre de
      Lionel Groulx !.

      Je le conserve précieusement

      Valérien L.

      PS. Il s'agissait de piquer sur "répondre" et d'ajouter votre texte.
      ==============================================

      Objet: Re: "60 secondes"
      Date: Thu, 20 Mar 2003 17:37:55 -0500
      De: Andrée Ferretti <ferretti@...>
      A: Valérien Lachance <vlachance@...>

      Monsieur Lachance,

      J'gnore complètement qui vous êtes, pardonnez-le-moi, mais je ne peux
      m'empêcher d'intervenir sur le réseau Pour-le-Pays-duQuébec, afin de le
      prévenir contre vos propos sur Lionel Groulx qui à l'instar de la
      tradition,
      de droite comme de gauche, présente cet immense penseur comme un
      réactionnaire proposant l'émancipation de la nation québécoise, au nom
      d'une
      foi religieuse bornée aux préceptes de l'Église catholique.
      Or, Lionel Groulx était d'abord et avant tout un intellectuel qui a
      utilisé
      et recréé les ressources de la méthode historique pour comprendre,
      expliquer
      et promouvoir la légitimité de l'existence de la nation
      canadienne-française et sa nécessité comme apport spécifique à la
      diversité
      culturelle de l'humanité.

      Ce qui s'avère d'une actualité remarquable, en ce moment de l'histoire

      l'impérialisme états-unien tente de broyer les nations et les cultures
      sous
      le rouleau compresseur de ses visées hégémoniques.

      Pas plus que vous, je ne suis une référence infaillible, mais je me
      permets
      tout de même de vous envoyer ici, et donc à tout le réseau, le texte
      d'une
      conférence que je prononçais en novembre 1993 et que L'Action nationale
      a
      publié en juin 1994.

      Bien à vous,
      Andrée Ferretti.

      Un bonheur de lecture: Lionel Groulx
      L'Action nationale, vol. 84, no 6, juin 1994, pp. 840-850.

      Conférencière invitée au troisième déjeuner-causerie de L'Action
      indépendantiste du Québec qui le 22 novembre 1993, réunissait plus de
      130
      personnes dont Mme Louise Harel, Andrée Ferretti rendait ce vibrant
      hommage
      à l'ouvre de notre historien national.

      Introduction

      J'ai lu ou relu, en quelques jours, plus d'un millier de pages de
      l'ouvre de
      notre illustre historien. J'ai alors redécouvert avec plaisir un
      intellectuel d'une immense envergure, tant par l'ampleur de son
      érudition
      que par la nouveauté de sa conception de l'histoire et de ses méthodes
      de
      reconstruction du passé, comparable à celle des meilleurs penseurs et
      chercheurs en sciences humaines de la première moitié du XXe siècle.
      J'ai de
      plus savouré la beauté d'une langue et d'un style qui font de l'ouvre
      savante de Lionel Groulx une véritable oeuvre littéraire.

      Or, ce bonheur de lecture ne pouvait chez moi qui aime partager mes
      enthousiasmes que s'accompagner du désir de faire lire cet auteur
      considérable, particulièrement aujourd'hui où autant ses épigones que
      ses
      détracteurs le desservent, soit en le magnifiant dans des présentations
      et
      des analyses glorificatrices et désuètes, soit en le réduisant aux
      formules
      infamantes de leur vision d'essayistes ignares et malveillants.

      Il importe effectivement, pour le lire aujourd'hui avec intelligence,
      de ne
      pas considérer Lionel Groulx comme un contemporain, aussi actuelle que
      demeure son oeuvre sous plusieurs aspects, mais comme une figure
      historique
      marquée par son temps. Sa vision du monde et les nôtres ont été nourries
      à
      des sources trop différentes pour ne pas être forgées par des valeurs
      souvent divergentes.

      Nous ne devons jamais perdre de vue que Lionel Groulx est né en 1878,
      qu'à
      la fin de la Grande guerre (première guerre mondiale), il était âgé de
      36
      ans, qu'il était donc un homme déjà accompli, d'autant plus qu'il avait
      été
      remarquablement précoce. Or, s'il est vrai, comme le soutient la
      majorité
      des historiens, que le XXe siècle ne commence vraiment qu'à la fin de
      cette
      guerre, on doit admettre que Lionel Groulx, jusqu'à environ 1920, est un

      homme du 19e siècle, entièrement imprégné par l'idéologie ultramontaine.

      Il est bien connu qu'au Canada français l'Église ultramontaine impose
      alors, et depuis longtemps déjà, sa foi, ses dogmes et ses idées. Reçus
      presque universellement par la population canadienne-française de tous
      les
      milieux sociaux, ses enseignements et ses valeurs sont comme
      indissociablement liés à toute l'activité intellectuelle, activité qui
      ne se
      borne pas à composer avec cette donnée, mais qui s'y conforme. Les liens
      de
      la pensée et de ce catholicisme ne sont, en effet, pas seulement ceux de
      la
      croyance, mais ceux de la culture et de l'institution, avec ce que cela
      comporte de monolithisme dans les domaines de l'éducation et du savoir.
      Or,
      faut-il le rappeler, Lionel Groulx a été, dès 1891, élève, puis étudiant

      dans un séminaire, formé en vue de la prêtrise.

      Comment, dès lors, ne pas s'étonner que le jeune abbé ait réussi assez
      vite, sitôt l'avènement de la nouvelle ère, à se dégager de l'emprise
      d'une
      formation si rigoureusement dominante, à s'en dégager substantiellement,

      sans pour autant la renier. Au contraire, tout au long de sa vie, cet
      homme
      a trouvé dans la fidélité aux principes fondamentaux de son éducation
      familiale, sociale et religieuse, le point d'appui qui lui a permis
      d'élaborer une interprétation renouvelée de notre histoire. Cette
      attitude
      est une autre marque de son intelligence, puisque aussi bien, il n'est
      pas
      d'exercice créateur de la pensée qui ne soit nourri d'acquis culturels
      spécifiques, suffisamment reconnus pour être dépassés sans être effacés.
      Il
      n'y a, par exemple, de logique nodale que tributaire de la logique
      aristotélicienne.

      Tout un chacun, néanmoins, ne devient pas le héros d'une aventure
      intellectuelle insigne. Comment Lionel Groulx y est-il arrivé? Pour ma
      part,
      je suis convaincue que c'est l'amour qu'il a éprouvé pour son peuple qui
      en
      est la véritable armature. Il m'apparaît évident que son oeuvre
      créatrice
      d'explications, de débats et d'engagements non encore épuisés, où est
      constamment présente une intelligence sensible de notre histoire, n'est
      que
      l'autre face de son amour lumineux pour son «petit peuple». J'admire que

      pendant les 70 ans de sa vie active, il n'ait poursuivi d'autre but, à
      travers ses multiples recherches, écrits, cours, conférences et toutes
      autres actions, que celui de développer chez les Canadiens français une
      conscience nationale suffisamment orientée pour élaborer des projets
      cohérents, susceptibles de servir leur épanouissement. Et, aujourd'hui,
      devant la représentation positive que le peuple québécois se fait de
      lui-même, je m'émerveille de la puissante réussite de ce travail, en me
      rappelant qu'il a été accompli au sein d'un peuple qui était alors plus
      profondément aliéné que jamais, après avoir subi, depuis 1840, non
      seulement
      sans révolte, mais dans la plus débilitante résignation, la domination
      politique et économique du Canada anglais, avec ses effets corrosifs sur

      tous les aspects de son développement, particulièrement sur
      l'affirmation de
      son identité nationale.

      Aussi, même si je ne peux voir l'ouvre groulxienne, de quelque point de
      vue
      où je me place, comme engagée sur la voie de l'indépendance du Québec,
      je ne
      la considère pas moins comme le matériau d'origine du mouvement
      indépendantiste contemporain, comme la charpente intellectuelle de la
      réflexion qui lui a donné naissance. Et c'est finalement comme militante

      indépendantiste qu'elle m'a touchée.

      Être humain, c'est tenir à sa différence
      La différence et l'opposition entre les cultures, soutient Claude
      Lévi-Strauss dans Le regard éloigné (1983), loin de manifester quelque
      relent de racisme que ce soit, exprime au contraire les conditions
      essentielles et constantes de l'autodéveloppement de l'humanité. «Que
      chaque
      peuple ait tenu à ses racines et ait pris conscience de leur prix a été
      la
      manière spécifique à chacun d'assurer son existence et la survie de
      l'humanité.»

      Lionel Groulx n'a pas attendu Lévi-Strauss pour comprendre que c'est en

      persévérant dans son propre être que chaque peuple, comme chaque
      individu,
      assume pleinement son humanité et participe ainsi à l'humanisation de
      tous;
      il n'a eu aucun besoin de s'appuyer sur une théorie savante pour être
      convaincu que la conscience de son identité est le fondement de toute
      création et que la création est la voie royale qui mène aux autres.

      Ainsi, défendre son identité nationale, écrivait-il dans Si Dollard
      revenait (1919), «Cela ne veut pas dire, comme d'aucuns essaient de le
      faire
      croire, que l'on veuille cloîtrer son esprit ni s'interdire la vérité et
      la
      beauté universelles; mais cela veut dire, par exemple, que l'on entend
      mettre sur toutes choses le reflet de son âme à soi, que l'ouvre
      originale
      vaut mieux que l'ouvre pastichée; et qu'agir ainsi n'est point servir
      fanatiquement la vérité et la beauté de son pays, mais la vérité et la
      beauté dans son pays.»

      Il poussait encore plus loin sa démonstration du lien indissociable
      entre
      identité et créativité dans Notre mission française (1941): «Au surplus,

      qu'artistes ou intellectuels ne s'effraient point; je ne leur demande
      pas de
      faire chrétien ou catholique. Je ne leur demande pas davantage de faire
      canadien-français; Canadiens français, je leur demande simplement de
      l'être.
      Qu'ils soient hommes en plénitude; et que pour l'être, ils soient racés
      et
      racinés (...) et je ne m'inquiète plus de leur oeuvre. Qu'ils
      n'imaginent
      pas, non plus, je ne sais quelle antinomie entre l'originalité et
      l'universalité, entre la culture nationale et la culture humaine.
      L'originalité jaillit, avons-nous dit, lorsque l'homme arrive à révéler
      son
      fond d'homme. Sans l'ombre d'un paradoxe, l'on peut soutenir que plus
      une
      littérature, plus un art sont originaux, plus ils sont humains, et par
      cela
      même, plus ils portent en eux de l'universel.»

      Cette conviction de la nécessaire affirmation de soi, pour soi-même et
      non
      contre les autres, est la ligne directrice majeure de l'entreprise
      groulxienne qui tient le peuple canadien-français comme premier
      responsable
      de son destin, de sa servitude comme de son éventuel épanouissement.
      Elle
      est si inhérente à toute l'ouvre qu'il m'apparaît restrictif de n'en
      donner
      qu'une preuve particulière. Je n'en citerai pas moins quelques lignes
      tirées
      de L'économique et le national, conférence prononcée deux fois, en
      février
      1936, devant les publics respectifs de la Chambre cadette de Commerce de

      Montréal et du Jeune-Barreau de Québec. Groulx s'applique alors à
      démontrer
      l'indissociabilité des liens entre la maîtrise de l'économie et le
      développement national. Dans un passage, il impute l'infériorité
      économique
      du peuple canadien-français et la dépendance qu'elle entraîne, à sa
      «désorientation essentielle»: «Quand on s'est perdu pour avoir tourné le
      dos
      au principe de sa vie, on ne se sauve que par un retour à son principe
      vital. (...) L'on n'agit d'une certaine façon que si l'on est de cette
      façon.»

      Ailleurs, après avoir tracé les grandes lignes d'une politique
      économique
      qui favoriserait notre développement, il prend la peine de préciser:
      «Une
      politique canadienne-française n'est pas nécessairement, que je sache,
      une
      politique d'agression ni d'injustice à l'égard de qui que ce soit. Nous
      ne
      songeons à dépouiller personne; seulement nous n'entendons pas, non
      plus,
      être dépouillés. Nous n'empêchons personne de vivre, mais nous voulons
      vivre
      nous aussi. Et j'estime que ce n'est pas prendre la place des autres que
      de
      prendre la nôtre. Je ne suis, ai-je besoin de le dire, ni anti-Anglais,
      ni
      anti-Juif. Mais je constate que les Anglais sont pro-Anglais et que les
      Juifs sont pro-Juifs. Et dans la mesure où pareille attitude ne blesse
      ni la
      charité, ni la justice, je me garderai bien de leur en faire reproche.
      Mais
      alors je me demande pourquoi, et dans la même mesure, les Canadiens
      français
      seraient tout, excepté pro-Canadiens français?»

      Il n'en demeure pas moins vrai que cette propension de Groulx à
      parfois
      louer exagérément son peuple, au nom de valeurs dont certaines sont
      devenues
      complètement désuètes, a, par moments, gêné ma lecture. J'attribue cette

      conduite de Groulx à son espoir de conjurer par le discours une
      médiocrité
      réelle qui l'inquiétait jusqu'à l'angoisse, qui le heurtait
      douloureusement.
      Historien éminemment cultivé, il savait que l'idéal fascine et entraîne,

      qu'il domine les consciences et impose ses exigences. D'où son
      insistance à
      proposer à l'admiration des Canadiens français, et à leur imitation, un
      idéal humain fondé sur la valorisation des luttes courageuses des
      ancêtres
      pour survivre, pour conserver leur langue et leur foi, propriétés
      culturelles qui les rattachaient à deux très hautes civilisations,
      celles de
      la France et de la Rome catholique. Car Groulx savait parfaitement que
      seules les cultures en situation d'échange et d'interaction ont su
      s'épanouir; qu'au contraire les cultures enfermées dans un espace
      politique
      clos n'ont pu survivre. C'est ainsi qu'il considérait le catholicisme
      comme
      un véhicule important de notre ouverture sur le monde.

      Et c'est précisément ce que ne peuvent supporter les ennemis actuels
      du
      peuple québécois: que Groulx nous ait évité de devenir un peuple
      aphasique,
      en nous inculquant la conscience de notre identité nationale et la
      volonté
      de l'affirmer.

      L'histoire : une création continue
      Une nation existe par les représentations motrices et vitales qu'elle
      puise
      dans son passé, non pour s'y fixer, mais pour se propulser vers
      l'avenir.
      Une nation ne peut s'affirmer qu'appuyée sur ses lignes de force, car la

      nation est une communauté qui pousse sur des racines pour le truchement
      de
      l'histoire dont la mission est de remodeler constamment les héritages
      d'où
      elle part. «Rien de plus faux que l'histoire définitive, ai-je pu
      constater
      une nouvelle fois», nous confie Groulx dans le tome 4 de ses Mémoires,
      en
      nous parlant du travail ardu consacré à la réédition dans son ouvrage:
      La
      découverte du Canada - Jacques Cartier, «pour remplumer, rhabiller à la
      mode
      ce vieux rossignol. Mais il me permit de constater unes des grandes
      conférences qu'il a prononcées entre 1928 et 1945 pour constater
      l'influence
      profonde qu'il exerce toujours sur nos politiciens, nos intellectuels,
      nos
      écrivains, nos artistes. Personne parmi nous qui ne reprenne à sa
      manière
      l'analyse groulxienne du mal québécois, de ses causes proches et
      lointaines,
      des moyens d'y remédier.

      «Maître chez nous», par exemple, a été pendant longtemps le concept
      articulateur du programme de redressement national prôné par Groulx.
      «Égalité ou indépendance» est aussi une problématique qu'il a soulevée,
      sans
      oublier l'idée d'envoyer à Ottawa un bloc de députés exclusivement
      dévoués
      aux intérêts du Québec. Jusqu'à René Lévesque qui, sous le concept de
      souveraineté-association, n'a fait que reprendre la proposition de
      Groulx,
      formulée à maintes reprises, de faire de l'État du Québec un État
      national
      et français qui n'en partagerait pas moins sa souveraineté avec l'État
      canadien dans plusieurs domaines dont l'économie et les relations
      extérieures. On peut aussi souligner qu'il a démontré avant les
      rédacteurs
      de Parti Pris, l'indissociabilité des liens entre l'économique, le
      social,
      le politique et le culturel dans l'appropriation de notre destin
      national,
      tout comme il a dénoncé, avant Pierre Vallières et tout aussi
      farouchement
      que lui, les méfaits de l'impérialisme américain, non seulement pour le
      Québec, mais pour le monde. Et n'a t'il pas célébré, dès 1915,
      l'universalité de «l'homo quebecensis» si chère à Gaston Miron.

      Répéter en croyant inventer, n'est-ce pas la manifestation la plus
      éloquente de la culture?


      Une ouvre à compléter
      Et pourtant! Pourtant, cet homme qui a eu comme passion le plein
      épanouissement de son peuple, cet homme qui a vécu «en angoisse que
      chaque
      jour ce peuple jouait son destin», est demeuré impuissant à assumer dans

      toutes ses propriétés la dimension politique de son entreprise qui est
      l'indépendance nationale.

      Il n'a en effet soutenu cette option qu'en 1922. Et encore parce qu'il
      a
      cru que la Confédération serait bientôt emportée par la dégringolade
      sans
      cesse accélérée de l'Empire britannique. Compte tenu de cette
      éventualité,
      il dirige alors une vaste enquête sur les conditions de réalisation et
      les
      conséquences immédiates de l'indépendance, dans le but de préparer
      l'avenir.

      Mise à part cette exception, Lionel Groulx a été autonomiste. Il a
      défendu
      l'union confédérative voulue, selon lui, par les Canadiens français qui
      y
      sont entrés de plein gré. Basée sur l'égalité des deux nations
      fondatrices,
      sur la reconnaissance de leurs différences et la volonté exprimée de les

      respecter, la Confédération était à ses yeux une victoire emportée de
      haute
      lutte par le peuple canadien-français. Bien qu'il ait chaque jour noté
      la
      faillite de l'institution, il n'a jamais cessé de croire à la dimension
      constructive de l'«esprit» qui avait présidé, selon lui, à sa création,
      comme il n'a jamais cessé d'exiger le retour à cet «esprit». Car, s'il
      était
      respecté, estimait Groulx, nous pourrions vivre avantageusement dans une

      véritable confédération, c'est-à-dire dans une union harmonieuse et
      efficace
      de provinces aussi autonomes que possible, fières de leur originalité
      propre
      et, également, de leur patrie commune.

      Ainsi, il ne lui paraît pas contradictoire de servir la Confédération
      puisque loin d'exiger que les Canadiens français se fondent dans la
      majorité
      anglophone, elle leur permet d'affirmer leur spécificité. Fort de cette
      Groulx s'est assigné, pendant plus de cinquante ans, la tâche d'éveiller
      et
      de développer la conscience nationale de ses compatriotes qu'il jugeait
      chaque jour plus déficiente depuis leur victoire de 1867, afin qu'ils
      exigent de leur gouvernement provincial qu'il exerce pleinement tous les

      pouvoirs de sa juridiction et qu'il lutte sans relâche contre le moindre

      empiétement du gouvernement fédéral.

      C'est ce nationalisme provincialiste qui tient encore, aujourd'hui, le
      Québec enfermé dans la dialectique majorité-minorité qui l'«oblige à un
      perpétuel recommencement des mêmes luttes, nées des mêmes
      revendications, en
      vue des mêmes objectifs», comme Miron et moi-même le démontrons dans
      l'introduction aux Grands textes indépendantistes.

      On pourrait ainsi soutenir que Lionel Groulx a objectivement oeuvré
      contre
      l'indépendance du Québec. Je l'ai déjà pensé. Je ne le crois plus. Le
      projet
      indépendantiste, comme tout projet de libération, est un processus
      historique de longue haleine et il suppose, pour se réaliser, de
      multiples
      points d'appui. Or, comme la mémoire est le levain de l'avenir, Lionel
      Groulx, en nous faisant cadeau de notre histoire, a construit les
      fondations
      sur lesquelles nous bâtissons, depuis, notre pays.

      Et je lui en suis infiniment reconnaissante.
    • Valérien Lachance
      Si on n est pas prêt à tout, on n est prêt à rien. [Paul Auster] Si on n est pas prêt à tout, on n est prêt à rien. [Paul Auster]
      Message 45 sur 45 , 26 févr. 2004
        Si on n'est pas prêt à tout, on n'est prêt à rien.
        [Paul Auster]

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