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[A-g.Qc] Les perdants se pendent

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  • durocher@together.net
    J’ai encore en tête l’image, 1966, coin Saint-Hubert et DeMaisoneuve, la vieille Jeep des surplus de l’armée : la force mobile de l’Armée de
    Message 1 sur 1 , 6 déc. 1999
      J’ai encore en tête l’image, 1966, coin Saint-Hubert et DeMaisoneuve,
      la vieille Jeep des surplus de l’armée : la force mobile de l’Armée de
      Libération du Québec. J’ai ri alors et je ris encore.

      C’était le cliché parfait du perdant.

      Le perdant est un romantique. Il aime l’image qu’il a de lui-même,
      avoir raison contre les gagnants.

      Un jour le Québec a perdu cette idée de perdant naturel qu’il avait de
      lui. Je crois savoir quant, une date précise. Un 29 avril 1967 pour
      être exact.

      Ce jour là, les porteurs d’eau ouvrirent leurs portes au monde. Au lieu
      de se faire dire qu’ils étaient nés pour un petit pain, incapable de la
      moindre chose dite «grande » les voilà qui accueillent le Monde,
      beaucoup plus de monde que prévu d’ailleurs.

      Du monde qui est charmé d’entendre parler français, qui nous trouvent
      heureux, joyeux, capable de belles et grandes choses.

      Car voyez-vous l’Expo c’est une petite affaire entre frogs, bound to
      fail, comme ils se plaisaient à dire entre eux durant les années, les
      mois précédents l’ouverture de l’événement.

      À l’Expo, le pavillon le plus ennuyant pour le commun des mortels
      devait bien être celui d’Hydro-Québec. Un écran géant couleur extérieur
      permanent, en soi un exploit technique pour l’époque, qui diffuse les
      images de deux caméras situés à quelques 1500 kilomètres plus loin.
      Disons pour être franc que les visiteurs étrangers ne s’y pressaient
      pas et que quelques secondes leurs suffisaient pour trouver le
      spectacle ennuyant. Mais les Québécois, la plupart en ces jours là
      auraient encore dit Canadien-français, se passionnaient pour cette
      transmission. Pour eux, être à leur Expo à regarder leur Manic 5 se
      construire était un spectacle passionnant, émouvant même.

      Ils voyaient le monde leur dire vous êtes capable et ils voyaient bien
      qu’ils étaient capables.

      Ils n’étaient plus perdants.

      Il y eu bien sûr encore des épisodes de « perdites », certains croient
      toujours que les conditions dites gagnantes doivent faire de nous des
      perdants, mais depuis ce temps les Québécois ne perdent plus.

      D’autres perdent cependant. Ainsi, la science bien inexacte de
      l’analyse scientifique des sondages est implacable la dessus, au début
      de la prochaine année, entre février et avril, la courbe historique des
      sondages sur l’avenir du Québec dépassera pour la première fois la
      barre des 50%. À vrai dire, après mai 2000, il n’y a plus de
      possibilité mathématique d’un référendum perdant au Québec.

      Pour les détails, les formules et autres arcanes du genre, veuillez
      vous adresser à Jean Herman Guay, qui peut vous faire la démonstration
      savante qui s’impose.

      Mais…

      Oui, je sais, les derniers sondages ne sont pas tellement favorables.
      Mais lorsque l’on se sent obligé, comme le pas fils à son papa, de
      s’inventer un sondage «gagnant » c’est que la soupe est chaude.

      Moi je suis très heureux de voir Chrétien l’Ontarien et Dion oser enfin
      s’afficher pour ce qu’ils sont vraiment : des perdants.

      Encore plus de leurs déclarations à l’emporte pièce. Quel candeur, quel
      bonheur. Que demander de plus en fait que le vrai visage du Canada ?
      Les voilà qui demande une question claire. Bravo.

      Vive la question claire. Vive la séparation politique brutale entre le
      Canada et le Québec !

      Fini les tergiversations poétiques sur la sémiologie d’association, de
      partenariat, de souveraineté partagée, de traité préférentiel, de
      partage de la dette.

      Tiens, s’il y a un chapitre du livre de Reed Scowen (il est où
      celui-là) qui a été passé sous silence, tant à Québec qu’à Ottawa c’est
      bien celui de la suggestion de Scowen de se débarrasser du Québec en
      lui donnant quelques milliards. Nous donner quelques milliards? Mais
      pourquoi ? Ne nous faisaient-ils pas peur en nous parlant de la dette
      canadienne que nous devions partager ?

      Justement, parlons-en. Imaginons que le Québec négocie sa part de la
      dette canadienne, légalement il n’a aucune raison de le faire, mais
      disons qu’il le fait. On part de ou? Du déficit actuel ? Où, on fait
      comme les jugements de la Cour Suprême ?

      Quels jugements de la Cour Suprême ? Ceux du droit, qu’a établi le plus
      haut tribunal, de calculer la portion de la pension alimentaire des
      divorcés, non pas sur la valeur d’une des parties au moment du décret
      du divorce, mais bien sur l’ensemble de la vie à deux du couple.
      L’arrêt, révolutionnaire, concerne un couple de cultivateurs de l’Ouest
      et date d’une dizaine d’année.

      Donc on fait le calcul, à partir du premier gouvernement colonial
      anglais. On actualise, c’est tellement facile à l’informatique, et puis
      on relativise, c’est plus complexe mais c’est encore faisable.

      Déjà, à la partie actualiser, ils nous en doivent. La partie
      relativiser est encore plus profitable. Comme dans la décision de la
      Cour Suprême il s’agit d’analyser la contribution de chacun des époux
      au bien commun en tenant compte des préjudices que l’un a pu causer à
      l’autre ? Ainsi, si une épouse abandonne ses études pour payer celle de
      son mari, il est évident qu’elle a été désavantagée par sa décision et
      il est impossible d’argumenter qu’elle l’a fait de façon raisonnée
      puisque le facteur culturel lui est défavorable au départ, dixit The
      supremes. Donc, si nous relativisons la contribution du Québec à
      l’essor économique du Canada (lire Ontario, mais on s’en fout) il faut
      tenir compte des avantages que le Canada s’est accordé au dépend du
      Québec (lire le restant du Canada hors-Ontario, mais là encore on s’en
      fout ils régleront leurs problèmes entre eux après). Ces avantages sont
      parfois faciles à calculer, les comptes publics par exemple, les actifs
      normaux des Sociétés de la Couronne qui s’appliquent au Québec, ainsi
      Air Canada est un actif pan-canadien mais l’Agence de réhabilitation
      agricole des Prairies ne nous touchent absolument pas.

      Déjà, ils nous en doivent encore plus.

      Maintenant, on poursuit. On fait une analyse des comptes privés. Le
      genre de travail de moine que faisait le regretté Rosaire Morin, mais
      cette fois là tout azimut. On analyse, loi par loi, règlement par
      règlement, décision administrative par décision administrative,
      l’ensemble des activités législative et réglementaire du Gouvernement
      du Canada. En commençant par deux lois, celle de l’impôt et celle des
      Banques. Dans la première, vous découvrez toutes les petites magouilles
      fiscales qui ont favorisés l’industrie et le commerce canadien depuis
      deux siècles, au dépend du Québec et des autres provinces, au profit de
      l’Ontario. Ces incroyables revirements d’avantages qui disparaissent
      mystérieusement dès que le Québec (ou d’autres provinces) se mettent à
      y toucher. Et dans la Loi des Banques vous faites de même.

      Disons que là, ils viennent de nous faire un gros chèque, un très gros
      chèque.

      Moi, je ne comprenais pas l’empressement des péquistes à accepter de
      parler de partage de la dette, pour des raisons purement légales, c’est
      la dette du Canada pas la nôtre et on n’est jamais responsable de la
      dette des autres, c’est un principe de common law assez connu il me
      semble. Accepter des responsabilités sur la dette du Canada, c’est
      accepter des revendications des provinces limitrophes, un effet domino
      sans fin.

      Donc, une question claire, sans offre de partenariat, c’est la fin des
      haricots. On ne vous doit pas une cenne et chanceux on ne peut vous
      réclamer une tordieuse de cenne que vous nous avez volé depuis deux
      cent ans.

      Dion, ce pas fils de son papa, lui nous annonce que les frontières du
      Québec ne sont pas garanties. Bravo et merci.

      Disons que l’on pose la question aux habitants du Labrador :
      Désirez-vous que le territoire du Labrador se joigne au territoire du
      Québec dans la mesure où les habitants du Labrador conserveraient les
      droits qu’ils ont à la protection et à l’épanouissement de leurs
      cultures ? Devinez qu’elle serait la réponse de l’Assemblée des
      Premières Nation du Québec et du Labrador ? Et oui, c’est ainsi qu’elle
      se nomme l’organisation de Ghyslain Picard. Celle des francophones du
      coin ? Et du mouvement pour l’établissement d’une province du Labrador
      écœurer d’être écrémé par Saint-John?

      Et les habitants de la Madawaska?

      Bon et on continue, on demande honnêtement aux Innuit et au Cris s’ils
      désirent que les îles Belcher soient rattachées au Québec. Les îles en
      question sont un des cadeaux de 1912 au Canada, allez-voir les cartes
      canadiennes pour comprendre, une moitié de la Baie d’Hudson et de la
      Baie James appartient à l’Ontario, l’autre au Territoire du Nord-Ouest.
      La partie est serait au Québec, sauf que les îles Belcher, à quelques
      kilomètres du Québec ont été donnés aux TNO en 1912.

      Et quant à y être, on continue. Ils veulent partir les Innuits et les
      Cris. Bravo, qu’ils s’en aillent. Et dans le dernier cas, avec les
      barrages d’Hydro dont ils assument la dette. Et nous on négocie de
      nouveau contrats d’achat et de transports d’électricité avec eux. On
      vient de perdre le tiers du territoire du Québec dirons les puristes.
      Et puis ? Quel tiers ? Le tiers-monde, 90% de problèmes pour .09% de la
      population.

      Ne vous inquiétez pas, dès que l’on ose dire que l’on accepte le
      principe de la souveraineté territoriale absolu chez les autochtones du
      Québec, le discours canadian se calme de façon incroyable.

      Et les Anglais ? Lesquels? Ceux du Pontiac-Témiscamingue ou ceux du
      Ouesseislande ? Les derniers sont des chieux dans leurs culottes qui
      vont sacrer leur camp en braillant vers l’Ontario. Les premiers
      auraient du le faire il y a longtemps. Non pas qu’ils soient chieux. Au
      contraire, ce sont de merveilleux québécois, peut-être coupés de la
      réalité québécoise je l’admets, mais est-ce vraiment leurs fautes ? Il
      y en a une route du coté québécois de l’Outaouais ? Il y a une route
      transversale dans le Témiscamingue ? Quant même, de temps en temps il
      faut être honnête avec soi même, ces coins de pays sont abandonnés par
      le Québec depuis des lustres, pour une fois il faut faire amende
      honorable et aller demander un peu de temps pour leur prouver qu’eux
      aussi sont québécois, avec les obligations que cela impose, mais aussi
      les services que l’on peut s’attendre à recevoir.

      Et s’ils veulent partir, démocratiquement, en prouvant qu’ils forment
      une société géographiquement et historiquement délimitée et bien il va
      falloir se résigner à ce que certains partent.

      Mon petit doigt me dit cependant que lorsqu’ils auront à prendre la
      décision finale, leur appartenance à leur terre, leur origine sera plus
      forte qu’autre chose.

      Donc vous voyez comment j’aime Chrétien et Dion, ils poussent aux
      vraies questions, sans fioritures.

      Ils poussent, parce que leur rêve, c’est la précipitation. La crise
      ultime de « perdites » québécoise.

      L’idiotie de leur démarche c’est de ne pas comprendre le Québec.
      Chrétien est un Ontarien de fait et de droit. Dion est l’exemple
      parfait du mariage hexogame, je sais il ne faut pas dire ce genre de
      chose. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.

      Vous les avez entendus ces libéraux? L’accent je veux dire ? Triste,
      triste, ramassis d’anglophones qui s’imaginent bilingues parce qu’ils
      massacrent le français ; de néo-canadians qui veulent être canadians
      tout court. Cela aussi il ne faut pas le dire. Moi je le dis.
      Tristement. Il n’y a plus de Québécois chez les libéraux, presque plus
      au fédéral et de moins en moins au provincial. Il n’y a même presque
      plus de Quebeckers, ces grandes familles anglophones qui transigent
      depuis des siècles avec nous, pas toujours d’accord avec où nous
      voulons aller, mais d’ici quant même, chez les Libéraux. On entend le
      son énervé des perdants : des petits boss de bécose du Ouesseilande, du
      néo confondu, de l’ethnique perdu, du québécois exclu. Dans ce dernier
      cas, rien ne parle plus du mal libéral au Québec que l’élection d’un
      huissier, oui un vrai le genre qui fout le monde dehors l’hiver, comme
      président et futur candidat du PLC dans Sherbrooke. Les rats, ils est
      vrai, sont les spécialistes des égouts, qu’ils soient intellectuels ou
      sociaux. Mais de cela, on ne parle pas. Non, on n’en parle pas, ce
      n’est pas gentil n’y correct.

      Ils sont où les Marc Lalonde libéraux d’aujourd’hui ? Écouter les
      libéraux parler, et Dion est de moins en moins l’exception, c’est
      entendre une classe de mauvais élèves apprenant tant mal que bien,
      c’est le cas de le dire, le français à l’anglaise.

      Donc on se fait dicter par des étrangers, intra-muros, ce que nous
      devrions être.

      Faut le faire. Et ils le font. Ils le font parce qu’ils ont perdus.

      Auriez-vous été Allemand à la fin de la guerre, que la victoire, malgré
      ce que vous voyiez au tour de vous, vous aurait semblé proche. Les
      engins de guerre les plus perfectionnés s’abattaient sur l’Angleterre,
      les Ardennes il y a 55 ans exactement prouvaient que la stratégie
      allemande était la meilleure. C’est ainsi que l’on reconnaît les
      perdants. L’utilisation tardive des meilleurs armements, développés
      trop tard ou mis en réserve pour l’attaque finale ; l’embourbement de
      l’adversaire qui avance trop vite vu comme une victoire.

      Et à la fin, lorsqu’ils réalisent que les batailles n’ont de valeurs
      que si la victoire est acquise, alors ils se pendent ou ils sont pendus.

      Espérons qu’ils auront assez d’honneur pour nous éviter de devoir les
      juger.


      Jean-Yves Durocher
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